Extraits du discours prononcé par Jacques Chirac, Président de la République Française, à l'occasion du trentième anniversaire du Centre national d'Art et de Culture - Georges Pompidou, le 31 janvier 2007
« … Georges Pompidou a imaginé le Centre parce qu'il savait qu'une France moderne, qui tient son rang et qui rayonne dans le monde, c'est une France qui mise sur l'énergie de ses créateurs et sur la vitalité de sa culture. Dans les semaines qui viennent, à l'approche d'échéances décisives pour notre pays, on va beaucoup parler de la France. Dans ce débat qui s'ouvre, il faut parler beaucoup de la culture.
Car la France ne serait sans aucun doute pas la France sans une grande ambition culturelle. Notre pays est riche d'un patrimoine exceptionnel, de grandes institutions artistiques, reconnues partout à l'étranger. Dans tous les domaines, il demeure un foyer vivant de création. Ce sont des atouts de premier ordre dans le monde d'aujourd'hui. Un monde instable, complexe, où les destins des peuples se mêlent comme jamais. Un monde où le dialogue des cultures est une nécessité vitale, pour que les différences soient un facteur d'enrichissement et de progrès et non d'incompréhension et de conflit. Un dialogue renouvelé qui est indissociable de l'affirmation forte de nos valeurs et de notre culture. Sachons donc les défendre. Soyons fiers de notre modèle, qui fait de la culture un grand enjeu politique, au sens le plus noble du terme. Sachons le faire vivre.
C'est pour cela que la France a fait reconnaître dans l'enceinte de l'UNESCO le droit de chaque Nation à définir ses propres politiques culturelles. Un droit qu'il faut maintenant conforter, consolider, notamment en relevant tous les défis du numérique. Les enjeux sont immenses, et le combat toujours à livrer, pour que la culture ne soit pas abandonnée sans frein aux forces du marché.
Dans ce domaine, les pouvoirs publics, et d'abord l'État, doivent faire preuve d'audace et ne pas hésiter à investir pour l'avenir : c'est ce que nous avons fait avec le musée du quai Branly, c'est ce que nous faisons avec le nouveau Centre des archives de Pierrefitte, le département des Arts de l'islam, le Louvre-Lens dont nous parlions tout à l'heure, la Cité nationale d'histoire de l'immigration ou le futur grand auditorium de La Villette. Loin de la frilosité malthusienne de quelques faux bons esprits, il faut inscrire la culture dans une perspective résolue de développement, pour qu'elle aille aux devants du public le plus large. C'est dans le même esprit que nous devons aussi prendre appui sur nos atouts pour faire rayonner notre culture hors de nos frontières. Il n'y a là nul impérialisme de notre part, mais au contraire la conviction que l'on s'enrichit au contact de l'Autre. Sachons donc aller à sa rencontre dans un esprit d'ouverture et de générosité.
Sur ces voies exigeantes, le Centre Georges-Pompidou a vocation à éclairer le chemin … »