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Discours de Renaud Donnedieu de Vabres : annonce de l’architecte retenu pour la construction du Centre des archives nationales de Pierrefitte - 10 mai 2005

Madame le Maire,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Député,
Madame la Directrice des Archives de France,
Mesdames, Messieurs,

Le 9 mars 2004, le Président de la République annonçait la décision du gouvernement de construire un nouveau centre pour les archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis, consacrant ainsi l'engagement de l'Etat en faveur du patrimoine, de la mémoire, de l’histoire de la nation. Ce nouveau bâtiment, d’une capacité de 320 kilomètres linéaires, est destiné à collecter et à conserver les archives des administrations centrales de l'Etat depuis 1790 et pour les trente ans à venir, mais aussi à communiquer sur ce fonds exceptionnel. Il vient s'ajouter aux centres de Paris et de Fontainebleau, qui, loin de disparaître, évolueront en lien avec ce nouveau projet. Depuis le 9 mars 2004, beaucoup a été accompli, en concertation étroite avec les collectivités territoriales concernées, fortement impliquées dans cette aventure.

Je suis heureux de saluer la présence de Patrick Braouezec, Député et président de Plaine commune, de Hervé Bramy, président du conseil général de Seine-Saint-Denis, et de Catherine Hanriot, maire de Pierrefitte. Je sais l'intérêt que vous attachez tous à ce projet et à son rayonnement.

Une réflexion sur la mission du nouveau centre était indispensable. Elle a été menée avec les agents des archives, un comité scientifique, différents groupes de travail et une équipe de projet dirigée par Isabelle Neuschwander, conservateur général du patrimoine. Parallèlement, cinq équipes d'architectes menées par Patrick Berger, Odile Decq, Massimiliano Fuksas, Stéphane Maupin et Marc Mimran ont été sélectionnées pour participer au concours d’architecture du nouveau bâtiment.

Leurs projets, tous remarquables et riches d’idées, ont été examinés par un jury présidé par Martine de Boisdeffre, directrice des Archives de France. Tous les architectes ont affronté et magnifiquement relevé le défi de l'inscription d'un tel volume, d'un tel programme, dans un espace, la zone des Tartres, vaste friche d'une centaine d'hectares, à un quart d'heure du centre-ville de Saint-Denis. Chacun a assuré, à sa manière, cette nécessaire prise en compte tout à la fois de l'identité historique et géographique du territoire et de ses potentialités. Chacun a donné sa vision de l'avenir possible de ce territoire.

C'est à mes yeux, l’une des fonctions majeures de l'architecture et des architectes. Les projets ici présentés, illustrent comment cette fonction peut être assumée au mieux. Chaque équipe a en effet parfaitement compris les missions parfois méconnues et si multiples des archives : c’est, bien sûr, la sauvegarde de notre mémoire nationale, en même temps que sa mise en lumière et son partage ; c’est aussi la constitution de cette mémoire sous la forme traditionnelle du papier, mais aussi et, de plus en plus, sous la forme électronique ; c’est enfin la valorisation auprès de publics de plus en plus divers et par des canaux très variés : communication des documents, action éducative et culturelle, expositions, conférences et colloques.

Les enjeux de ces archives en termes de politique culturelle, notamment à l’échelon local, sont évidemment considérables. En tant que ministre de l'architecture et des archives, j’ai tenu à montrer ces projets d'abord en cet immeuble des Bons-Enfants récemment inauguré, ensuite au Centre historique des archives nationales au cœur du Marais et dans les autres centres des archives nationales, Fontainebleau, Aix-en-Provence, Roubaix. J'ai voulu permettre à chacun d'apprécier ce que peut être, au début du XXIe siècle, une architecture d'archives. Cinq projets très différents, notamment, par l'expression donnée aux magasins d'archivage des documents et l'insertion du futur équipement dans le paysage urbain existant composé de quartiers résidentiels, de l'université Paris VIII, d'une station de métro et du secteur maraîcher des Tartres, promis à un prochain aménagement.

Je tiens à saluer tous les architectes pour l'intérêt de leurs propositions. Intérêts impossibles à résumer mais que l'on peut évoquer cependant : Odile Deck pour ses trois silos altiers, détachés du sol et surmontés de superbes salles de lecture ouvertes sur le monde ; Patrick Berger, pour la conception synthétique, ramassée, précise et ciselée du réceptacle proposé ; Marc Mimram, pour le dialogue établi avec le site, ses différentes échelles, ses traces ; Stéphane Maupin, pour l'image quasi millénaire du "grenier" et l'originalité du bâtiment presqu'organique qui l'accompagne. J’ai le plaisir de vous annoncer aujourd'hui que l'architecte retenu pour construire ce nouveau centre, est Maximiliano Fuksas. Toutes mes félicitations, cher monsieur Fuksas. Massimiliano Fuksas, architecte italien, Grand prix national d’architecture 1999, a bâti son projet sur une analyse de la géographie des lieux et des différentes échelles du site, à la recherche d’une dimension poétique, d’un nouveau paysage, et d’un dialogue avec la ville environnante. A l’est, un bâtiment "bien ancré au sol, imposant, réfléchissant et précieux" héberge les magasins d’archives et la grande salle de lecture.

A l’ouest, des volumes légers et transparents, suspendus, contiennent les bureaux, les salles de conférence et la réception du public. Un lieu de travail et de vie se dessine. A l'image d'autres réalisations de Massimiliano Fuksas, je pense en particulier au Centre de Recherche de Ferrari, ce projet se compose de plusieurs volumes, de métal et de verre, se réfléchissant les uns les autres au dessus d'une nappe d'eau. Ce jeu de reflets toujours changeant et fluide appelle à être parcouru comme une "géographie nouvelle", un paysage urbain très contemporain. L’architecture et les archives ont une grande part d’histoire commune. En France, l’histoire des Archives nationales, depuis l’installation de 1808 à l’Hôtel de Soubise, se concentre d’abord dans le quartier du Marais : c’est là qu’ont été aménagés, sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire, les grands dépôts voûtés, abritant entre autres l’exceptionnel fonds des registres du Parlement de Paris, puis la salle du Trésor des chartes, dont l’armoire de fer abrite les grands documents de l’Histoire de France ; c’est en ce cœur historique de Paris qu’ont été construits les dépôts monumentaux le long de la rue des Archives et des Quatre-Fils.

L’installation dans l’Hôtel de Rohan eut lieu en 1927, puis les espaces de lecture ont été regroupés dans le bâtiment du Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN) en 1988. Sont venus ensuite s’ajouter au site historique, le Centre des Archives contemporaines à Fontainebleau en 1979, le Centre des archives du Monde du travail dans l’ancienne usine Motte-Bossut à Roubaix en 1993, le Centre des archives d’outre-Mer à Aix-en-Provence en 1966, agrandi en 1986 et en 1996. Mais c’est aux collectivités territoriales que l’on doit, ces 15 dernières années, avec le soutien du ministère de la culture et de la communication, une campagne de construction particulièrement intense.

Citons simplement pour mémoire, parmi les inaugurations très récentes, celle des Archives départementales des Yvelines, de l’Oise, de la Sarthe ou des archives municipales de Lyon, réalisations présentées parmi d’autres dans le très bel ouvrage édité en 2004 par la direction des Archives de France Les Bâtiments d’archives, 1986-2003. C'est aujourd'hui au tour de l'Etat de relancer cette dynamique, cette vision renouvelée du bâtiment d’archives, alliant fonctions de conservation et d’accueil du public. La diversité des solutions proposées lors du concours d’architecture du nouveau centre des Archives nationales est fidèle à cette belle définition de Jean Favier, historien et directeur général des Archives de France jusqu’en 1994 : " Le bâtiment d’archives est le lieu où s’actualise l’histoire à l’horizon des hommes ". L'horizon temporel qui s'ouvre devant nous à Pierrefitte est de 30 ans. Cela peut sembler court au regard de l'âge des archives conservées par les Archives nationales - les plus anciennes remontent aux Mérovingiens (VIIe siècle). Mais c’est tout de même une durée qui situe l’enjeu de prospective lié à la réalisation de ce nouveau Centre.

Les archives connaissent aujourd’hui une période de grandes mutations, liées en particulier à l'usage des nouvelles technologies, au développement des archives électroniques, à l'essor de la numérisation, instrument à la fois de conservation préventive et de communication facilitée. Il nous faut donc construire, au-delà d'un bâtiment, un système d'information sûr, efficace, au service des utilisateurs. Un tel système devrait comporter deux grands pôles : un pôle de gestion de l'ensemble de la chaîne archivistique et un pôle de gestion de l'information documentaire. Il devra aussi proposer une extension vers Internet et une offre de services à distance liée.

Ce système devra intégrer une plate-forme d'archivage électronique à la mesure de la révolution numérique aujourd'hui en cours, dans le domaine de la production de l'information par les services de l'Etat. Il nous faut aussi concevoir une organisation administrative adaptée. J’ai demandé à une mission d'étude, présidée par Bernard Stirn, conseiller d'Etat, composée des historiens Pierre Miquel, Patrice Gueniffey et du journaliste Patrick de Carolis de me rendre ses conclusions à ce sujet fin septembre. Chers amis, ce magnifique projet œuvrera, je l’espère, à une meilleure prise de conscience de l'importance des archives, à une plus forte appropriation de celles-ci par nos concitoyens. Loin de se résumer à des papiers encombrants et poussiéreux, les archives représentent un outil précieux pour une administration efficace et moderne.

Elles sont surtout notre âme, notre histoire, notre mémoire, tant nationale qu’individuelle. Je pense aux dossiers de carrière, aux décrets de naturalisation, aux décorations, aux recherches généalogiques qui attirent de plus en plus d’amateurs à la découverte de leurs racines. Pour beaucoup d'entre nous, elles ont valeur de preuve pour l'établissement de droits, comme l'illustre par exemple l'indemnisation des spoliations de biens juifs. Cette mémoire enfin est une mémoire vivante, qui se constitue tous les jours et qui vit d'autant plus qu'elle est partagée, analysée, par les archivistes, par les historiens, par les curieux et les amateurs. Notre ambition scientifique et culturelle pour les archives en général et pour ce bâtiment en particulier, doit s’élargir en cercles concentriques : partant du quartier et du ressort territorial pour aller vers le réseau des archives et le monde de la recherche, en région comme en Europe, sur un plan national comme international.

Sans oublier un devoir majeur : organiser pour les plus jeunes une initiation à la dimension patrimoniale, historique et civique des archives. C'est une haute ambition que je fixe là. Pas une ambition individuelle. Mais bien une grande ambition collective. Je compte sur les archivistes, mais aussi sur leur dialogue fécond avec l'architecte et plus largement avec tous ceux qui aiment les archives et les font vivre - universitaires, chercheurs, généalogistes - pour réaliser ce grand rêve.

Et je vous donne rendez-vous pour la pose de la première pierre.
Je vous remercie.