Message de Renaud Donnedieu de Vabres lu par M. Henri Paul, directeur de cabinet, à l'occasion de la réception de l'association "Une cité pour les archives" au Conseil économique et social le 7 juin 2004
Madame la Présidente de l'association "Une cité pour les archives",
Monsieur le Président du Conseil économique et social,
Mesdames et Messieurs,
Nous vivons le temps des commémorations, par lesquelles l'histoire se rappelle au présent, en forgeant la conscience que les hommes d'aujourd'hui ont de leur passé. Une conscience plus que jamais nécessaire pour susciter une réflexion lucide sur les grands défis à relever, et une action éclairée par cette réflexion sur les projets qui nous rassemblent.
En célébrant hier, aux côtés de nombreux chefs d'Etat, le soixantième anniversaire du débarquement, sur les plages mêmes où ont été sacrifiées tant de vies à la conscience d'un idéal historique, le Président de la République s'exprimait en ces termes que je souhaite placer en exergue de votre réunion de ce soir : "Il n'est pas d'avenir sans mémoire". Car c'est grâce à votre engagement, grâce à votre mobilisation, scellés le 5 novembre 2001, avec le soutien des plus hautes autorités de l'Etat, lors du colloque que vous aviez organisé ici-même, sous les auspices de l'assemblée consultative qui a pour mission constitutionnelle de favoriser la collaboration des différentes catégories professionnelles entre elles, que le profond attachement des Françaises et des Français pour leurs archives s'est mué, par la volonté du Président de la République, en ce beau projet concret - je le dis sous les hautes colonnes d'Auguste Perret - d'un nouveau centre des Archives nationales, à Pierrefitte, en Seine Saint-Denis.
Je tiens à vous en remercier vivement.
Grâce à vous s'écrit une nouvelle page de l'histoire des archives, au cœur d'un double mouvement : la construction de l'histoire nationale et la construction de la mémoire.
Oui, bâtir le nouveau centre des Archives nationales, c'est garantir un futur à la mémoire. Tour à tour la réflexion, puis l'action, ont porté ce projet. Au temps des rapports, je pense aux contributions essentielles de Guy Braibant, "Les archives en France" en 1996, puis à celles de Philippe Bélaval, "Une stratégie pour les archives" en 1999, a succédé celui du manifeste et des pétitions. Loin des intérêts catégoriels et partisans, ce fut une mobilisation inquiète, soucieuse du patrimoine, sincère et désintéressée que la vôtre. Un écho aux épisodes fondateurs de notre modernité, où d'autres esprits, d'autres intellectuels, dans d'autres combats, s'engagèrent collectivement.
C'est un élan comparable qui a inspiré les auteurs de la fameuse loi du 7 Messidor An II qui établit "auprès de la Représentation nationale (…) un dépôt central pour toute la République " accessible à "tout citoyen". Les forces nouvelles que vous avez su rassembler sont venues consolider les énergies jamais démenties du personnel des archives à tous les niveaux : Direction générale, encadrement central, encadrement de proximité, agents, tous ont à cœur de conserver et de communiquer le patrimoine national dont ils sont dépositaires. Le nouveau projet a vocation à leur offrir un outil à la pointe de la modernité sur le plan technologique, archivistique et administratif. Je puis vous assurer de l'engagement constant du gouvernement. Je fais miennes la détermination et l'attachement déployés par Jean-Jacques Aillagon. Je les fais miennes avec mon énergie de bâtisseur et ma conviction que le temps de la mémoire, le temps de l'histoire, est aussi le temps des archives.
Désormais, tout est mis en œuvre pour faire intervenir le choix de l'architecte d'ici à la fin de l'année, au plus tard au début de l'année prochaine. Le nouveau Centre de Pierrefitte complètera les deux autres centres des archives nationales de Paris et Fontainebleau, ainsi que le réseau des centres de dépôt des Ministères de la défense et des affaires étrangères. Son implantation en Seine Saint-Denis est symbolique à plus d'un titre. Tout d'abord, signe de continuité de l'Etat, les archives depuis 1790 seront conservées et communiquées à quelques pas de la Basilique de Saint-Denis, nécropole des Rois de France. Ensuite, gage de modernité, l'installation du nouveau centre est la preuve éclatante de la mutation d'un territoire, il caractérise sa vocation nouvelle, tout autant culturelle qu'industrielle. Le succès de ce projet de dimension nationale se noue autour de deux priorités.
La première est le développement d'un partenariat solide et fécond avec les collectivités et les institutions impliquées (département, agglomération, communes et universités). La seconde repose sur l'insertion réussie du futur bâtiment dans son environnement. Je sais que des échanges ont déjà commencé avec ces partenaires sous l'égide de la Préfecture et de la direction des Archives de France.
Au cœur de l'élaboration de ce projet, les utilisateurs des archives que vous êtes seront, bien sûr, étroitement consultés et associés. Je compte sur vos conseils, vos recommandations et vos suggestions. Je sais qu'ils seront avisés, éclairés et sages. Car c'est tous ensemble que nous contribuerons au succès d'une réalisation majeure de notre temps, indissociable de la mission des Archives nationales et de leur rayonnement international. Au cœur de l'action du ministère dont j'ai la charge, la préservation de notre mémoire pour le passé, le présent et l'avenir demeure l'une des missions essentielles de l'Etat régalien.
Je tenais à le dire et à vous en remercier.