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Centre de topographie historique de Paris


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> Dossier : Journée d’étude du 14 février 2008

journée d’étude : jeudi 14 février 2008
Archives nationales site de Paris - Hôtel de Rohan 87, rue Vieille-du-Temple - 75003 Paris

« SI PARIS M’ÉTAIT CARTOGRAPHIÉ…»

Conclusions

Par Yvonne-Hélène Le Maresquier, Centre de Topographie historique de Paris des Archives nationales et Cécile Souchon, Archives nationales, Section des cartes, plans et photographies

Au moment de rédiger les conclusions de la journée d’études consacrée à la cartographie de l’espace parisien, nous sommes partagées entre enthousiasme et tristesse.
Tristesse, parce que l’objet de cette rencontre était de faire le bilan des trois années de travail du Projet collectif de recherche au moment où les participants allaient se séparer et que conclure, signifiait alors mettre un terme définitif à cette entreprise après en avoir présenté les résultats, dans la perspective de leur mise à la disposition des chercheurs. Nous avons le sentiment que cet après-midi studieux du 14 février 2008 a pleinement rempli son rôle, comme ceux qui en liront les Actes pourront en juger. Et là, sans retenue, nous passons à l’enthousiasme, car ce fut vraiment une « belle journée », digne de l’aventure humaine et scientifique qui, à l’initiative de Claire Besson et Dorothée Chaoui-Derieux, avait commencé par la réunion préliminaire au Service régional de l’archéologie d’Île-de-France à Saint-Denis, le 30 septembre 2003, dans une salle avec vue sur la basilique. Généreusement accueillis à l’hôtel de Rohan par les Archives nationales, les participants, aux intérêts très variés, ont été nombreux jusqu’à la fin, alors que les échanges se sont prolongés bien au delà de l’heure prévue par le programme, des participants réactifs qui ont pris part aux débats à la suite des exposés solides, documentés et abondamment illustrés ; ces échanges passionnés se sont d’ailleurs poursuivis autour d’un buffet convivial.


Le P(rojet) C(ollectif de) R(echerche), intitulé « Cartographie de l’espace parisien », se proposait de mettre à la disposition des archéologues, chargés des fouilles à Paris, un S(ystème) d’I(nformation) G(éographique), regroupant des informations aussi diverses que des cartes anciennes, la composition du sous-sol ou l’histoire d’un lotissement du XVIIIe siècle, en passant par la localisation de vestiges ou de matériel archéologiques, témoins des différentes périodes historiques. Néanmoins les sigles barbares de PCR et SIG, reflètent bien mal ce que fut « l’aventure de Saint-Denis » sous la houlette de Claire et Dorothée, toujours efficaces, rigoureuses, optimistes et souriantes qui ont réuni autour de ce projet des archéologues, des géologues, des historiens et des historiens de l’art, appartenant à des institutions diverses dont Paris était, avait été ou serait le terrain ou l’objet de la recherche, toutes périodes confondues ; ils ont pu, dans un climat d’écoute et d’ouverture, partager leurs questionnements, échanger leurs expériences, présenter et tester leurs réalisations. Aussi décliner autrement les trois lettres P, C et R, nous a paru la meilleure façon de rendre compte de la dynamique de cette aventure : P comme projet, mais aussi prospective (orienté vers l’avenir), ou pôle, espace d’échange d’expérience et de mise en commun de résultats et enfin publication ; C comme collectif, mais encore mise en commun, collecte ou catalogue ; R comme recherche qui suscite les rencontres – elles furent toujours amicales et constructives – et exige réflexion, puis résultat. Et voilà comment on passe d’un Projet Collectif de Recherche à une Publication des Résultats, fruits d’une réflexion Commune !
Les Actes clôturent donc ce projet, mais ils vont peut-être, et nous l’espérons, donner l’idée à d’autres chercheurs de le prolonger, institutionnellement ou individuellement. Ils reprennent exactement le plan de la journée d’études qui était organisée autour de trois thèmes, à la suite de l’exposé liminaire de Claire Besson et Dorothée Chaoui-Derieux : cartographie des ressources documentaires, de la réflexion à la réalisation d’outils, exploitation de données avec l’apport de la cartographie, dans le cadre du PCR et en dehors de celui-ci. On passe ainsi de la cartographie de sources, géologiques et documentaires, à la démonstration que la cartographie numérique est un outil indispensable pour la représentation d’événements d’ordre monumental, artisanal ou artistique, permettant une observation fine de leur inscription dans le paysage et de leur évolution ; certains, bien que disparus, apparaissent encore dans le tissu urbain.
Dans leur exposé préliminaire, Claire Besson et Dorothée Chaoui-Derieux, conservateurs du patrimoine au Service régional de l’archéologie d’Île-de-France, définissent leur projet avec clarté et montrent comment il a évolué à partir des objectifs de départ. Elles argumentent les choix intellectuels, méthodologiques et techniques du PCR.


Leur expérience d’archéologues, chargées du suivi des fouilles parisiennes, a été déterminante dans ces choix. Elles ont, en effet, constaté l’absence de contacts entre les institutions chargées des fouilles à Paris, d’une part, et, d’autre part, entre les archéologues, les géologues et les historiens ; ainsi, une documentation confidentielle restait inexploitée, ce qui amenait à refaire, à l’occasion de chaque fouille, les mêmes études géomorphologiques ou documentaires. Le premier objectif du PCR était donc de faire se rencontrer ces acteurs, de les faire travailler ensemble et de réaliser un outil évolutif, accessible et utilisable par tous. Il a donc été décidé de cartographier sur un fond de carte commun – le plan parcellaire actuel géoréférencé, fourni par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) – les ressources documentaires existantes, comme les rapports de fouilles, par exemple. Les choix techniques ont été l’occasion d’une réflexion approfondie, notamment les représentations graphiques des données historiques, géomorphologiques et archéologiques, afin que leur spatialisation fasse apparaître le substrat géologique et l’organisation topographique de la ville et son évolution. Cette expérience de cartographie numérique a été tentée sur un espace restreint, les IIIe et Xe arrondissements, Paris s’étant rapidement avéré un domaine d’investigation trop vaste. Ainsi des réalisations concrètes de spatialisation de sources documentaires ont abouti dans le temps limité du PCR : les auteurs de trois d’entre elles ont accepté de présenter non seulement le résultat, mais leur cheminement pour y aboutir.
La démarche de Stéphane Konik et celle d’Olivier Bauchet et de Ludovic Galfo, qui ont traité des sources documentaires pour en reporter les données sur le parcellaire actuel au moyen des techniques numériques est assez semblable, même si a priori leurs sources sont de nature très différentes. Le premier a réalisé la carte numérique en 3D du sous-sol du IIIee arrondissement ; les seconds ont indexé sur une base de données l’ensemble des plans d’Ancien Régime de ce même secteur, conservés aux Archives nationales et les ont photographiés, la seconde étape consistant en un SIG qui répertorierait sur un fond de plan l’emprise de cette masse documentaire. Dans les deux cas, il y a eu collecte de données dispersées, différentes séries de plans, d’une part, les archives de plusieurs institutions, comme le Service géologique régional d’Île-de-France, les archives géologiques de la RATP, de la Mairie de Paris ou de l’Inspection des carrières, d’autre part…

Toutes ces données ont été traitées et interprétées dans des logiciels adaptés. L’objectif des auteurs était, dans le premier cas, de mettre en évidence les dépôts renfermant ou susceptibles de renfermer des vestiges archéologiques, dans le second, de rassembler un ensemble de représentations anciennes superposables où les chercheurs visualiseraient immédiatement la trame de la ville et son évolution. Ces informations mises enfin en relation avec les autres couches d’information élaborées dans le cadre du PCR sont destinées à alléger la tâche des archéologues qui pourront alors concentrer leurs efforts sur l’approfondissement des données directement en rapport avec leur fouille.
Yoann Brault, dans le cadre du Centre de Topographie parisienne des Archives nationales, propose une carte des seigneuries foncières d’Ancien Régime, en croisant les sources figurées des atlas de censives et les sources documentaires (série S, N et Q1). Cette carte constitue une entrée indispensable dans les fonds d’archives.
Ces outils ne sont pas définitifs, leurs auteurs insistent sur leurs limites ; ils peuvent être corrigés ou augmentés : la découverte de procès entre seigneurs fonciers ou de nouvelles descriptions de seigneuries, par exemple, entraîneront des modifications de la carte des censives ; les plans anciens de Paris ne sont pas conservés qu’aux Archives nationales et par conséquent la collecte doit être poursuivie. Enfin, il serait regrettable de ne pas dépasser les limites des IIIe et Xe arrondissements.
Les contributions suivantes témoignent de l’apport considérable de la cartographie numérique à la compréhension de phénomènes monumentaux, même parfois disparus ; elle permet aussi de détecter des évolutions dans l’installation et le regroupement d’activités artisanales ou artistiques anciennes.


Aurélie Perraut, Véronique Soulay et Fabienne Ravoire ont associé le PCR à leurs recherches ; elles ont pu y exposer leurs interrogations, leurs difficultés et leurs découvertes. Les premières ont utilisé la cartographie numérique pour représenter des phénomènes monumentaux médiévaux, dans le cadre de leurs thèses de doctorat. La première qui a étudié l’implantation des collèges fondés au Moyen Âge sur la rive gauche et dont les vestiges sont quasi inexistants a reconstitué, en reportant l’information des sources manuscrites et figurées sur le plan cadastral actuel, l’organisation et l’évolution de leurs bâtiments ; elle a aussi précisé leur insertion dans le parcellaire ancien et leur incidence durable dans le paysage urbain. Les plans diachroniques qu’elle a réalisés ensuite illustrent la dynamique et la logique des fondations collégiales du XIIIe au XVe siècle, offrant ainsi une vision renouvelée du monde universitaire. Les recherches en cours de Véronique Soulay portent sur l’impact du fait monumental religieux, dans son acception la plus large, sur la structuration urbaine de la rive droite à Paris.
La collecte documentaire terminée et le report d’une partie des informations sur le plan parcellaire numérisé entraînent des conclusions intéressantes : le rôle des enceintes dans la répartition des édifices, l’incidence du réseau viaire sur les fondations, les types de fondation en fonction des époques, et combien enfin le parcellaire actuel est encore marqué par la morphologie des édifices disparus.


La cartographie de l’implantation des potiers de terre parisiens sur la rive droite que Fabienne Ravoire a esquissée, conjointement à la réflexion qu’elle a proposée aux membres du PCR, sur la topographie historique de cet artisanat, entre le Moyen Âge et le XVIIe siècle, avait pour objet de mettre en évidence un processus d’interaction entre l’espace urbain et une activité humaine sur la longue durée. Compte tenu de la faible représentation de ces artisans dans les sources, ses conclusions sont prometteuses, bien qu’elles demandent à être approfondies : implantée autour des Halles et de la chapelle Saint-Bon, les bords de Seine, vers l’est, et le long des rues Saint-Denis et Saint-Martin, au nord, cette activité s’est progressivement éloignée vers les faubourgs Saint-Martin et Saint-Antoine, pour aboutir, au XVIIIe siècle, à une séparation nette des lieux de vente de la poterie qui resta aux Halles, tandis que la fabrication se déplaçait vers les murs, à l’intérieur comme à l’extérieur de la ville ; le déplacement de cette industrie polluante et dangereuse vers les marges a pu être mise en corrélation avec une série de règlements de police des métiers à partir de 1486, qui visait à assainir le centre des villes.
Il était intéressant, enfin, de confronter aux questionnements et aux réalisations du PCR, d’autres essais de cartographie numérique : dans cette perspective, Didier Busson a présenté L’atlas historique et archéologique de l’Île de la Cité dont il espère la publication en 2009 et Étienne Hamon, les premiers éléments d’une « Géographie de l’activité artistique à Paris vers 1500 ». Chaque auteur a choisi le plan et les modes de représentations qui lui semblaient le mieux convenir à sa démonstration et a réalisé des cartes superposables et immédiatement comparables.
La restitution topographique par couches de l’Île de la Cité, à partir des états antiques, avec l’établissement du parcellaire ancien et la restitution d’éléments architecturaux disparus, alors que ce quartier a été radicalement transformé sous le Second Empire, est susceptible d’apporter des éléments nouveaux à la compréhension morphologique de cet espace.

« La géographie de l’activité artistique » d’Étienne Hamon qui offre une visualisation, à un moment précis – l’apogée du gothique flamboyant dans la capitale –, des « habitudes » du groupe social des « artistes » en rapport avec l’architecture, très divers par les métiers exercés, ou le niveau des fortunes, met en lumière ses stratégies de déplacement de la périphérie vers le centre de la ville, le regroupement par activités, les rayons d’action des maîtres d’œuvre, en lien avec les maîtres d’ouvrages, et laisse entrevoir de nouvelles piste de recherches.
Si les Actes de la Journée d’études du 14 février 2008, ne reflètent qu’incomplètement les activités et les résultats du PCR, ils témoignent de la diversité des sujets qui y ont été abordés, des questions d’ordre intellectuel et techniques qui y ont été posées et des réponses qui y ont été formulées. Les cartes réalisées dans ce cadre, plus proches d’essais méthodologiques que d’outils finis, restent sous la responsabilité de leurs auteurs qui peuvent seuls en autoriser la consultation.
Tous les exposés ont mis en évidence que la cartographie contribue à la compréhension des découvertes archéologiques et des études historiques, à une époque où l’outil informatique permet des représentations uniformisées et donc superposables. Il est absolument nécessaire que les choix méthodologiques et techniques fassent l’objet d’une réflexion en groupe, afin que les outils produits soient compatibles.
Nous espérons que la publication électronique des Actes par les Archives nationales suscitera l’intérêt de nouveaux chercheurs et que le PCR fera figure de force de proposition dans le débat sur la cartographie.