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Techniques de transmission : l'Autre au cœur des politiques patrimoniales

jeudi 24 et vendredi 25 janvier 2013

Depuis les années 90 les musées font écho aux problématiques générées par les cultural studies et les postcolonial studies non seulement dans les sciences humaines mais dans les mouvements politiques, activistes et artistiques contemporains. Ils le font notamment sur le terrain de l'exposition, et de l'exposition « muséale », devenues depuis les années 70 des "médiums" artistiques à part entière. Les musées répondent ainsi à deux phénomènes distincts et complémentaires : d'une part, l'interrogation des artistes sur l'art comme objet de collections publiques et par conséquent comme objet patrimonial ; et, d'autre part, le développement de nouvelles formes de recherches historiques à partir de fonds et d' archives à la fois existants et manquants. Ainsi, les musées, accusés d'être complices de l'hégémonie occidentale ébranlée par le contexte politique des Indépendances coloniales, ont ouvert leurs portes à ces "Autres" jusqu'alors circonscrits par des représentations abstraites. Les processus culturels qui émergent à la faveur de cette évolution sont complexes. D'un côté, la notion d'altérité tend à s'absolutiser, que ce soit sous les espèces de l'œuvre d'art décontextualisée ou de populations ou groupes sociaux marginalisés. De l'autre, la figure de l'Autre est progressivement réinventée. Elle génère de nouvelles pratiques institutionnelles. Des acteurs extérieurs aux musées s'emparent des collections dont ils changent le statut en développant de nouveaux modes de transmission. Réinvestis par des membres des diasporas, des "communautés sources" ou des artistes contemporains, les archives deviennent des objets de remémoration, de commémoration et/ou de fiction. Certaines archives deviennent elles-mêmes opératrices de transmission, lorsqu'elles sont réinvesties par de nouvelles significations au gré des jeux de reprises et des réemplois de matériaux existants. On observe ainsi parfois la reconstitution de « archives-œuvres» nouvelles, à partir des fragments et des restes qui ont résisté à l'anéantissement. Celles-ci viennent non pas remplacer les objets disparus ou combler les images manquantes, mais "prendre à témoin" le spectateur des événements non-inscrits par l'historiographie officielle. Le premier séminaire du projet de recherche "Transmission et musées", se concentre sur les métamorphoses de cet "Autre" à travers les formes de collaborations développées avec différents acteurs sociaux. Il analyse également l'impact des nouvelles technologies sur le patrimoine et le changement du statut de l'archive. Ces deux moments constituent autant de strates qui participent à l'élaboration et à la transmission d'une représentation de l'« Autre » qu'il s'agira précisément d'identifier au cours de cette recherche.

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Intervenants
• Anne-Marie Bouttiaux : Chef de la section d'ethnographie au musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren
• Elisabeth Caillet : Membre du comité scientifique de la fondation Lilian Thuram
• Elsa Dorlin : Professeur de Science politique à l'Université Paris 8
• Lambert Dousson : Professeur d'esthétique à l'Ecole d'architecture de Montpellier
• Catherine Ferguson: Maître de conférences en Arts plastiques à l'Université de Leeds
• Joris Lachaise : Réalisateur indépendant
• Jacob Lillemose : Curateur indépendant
• Patrick Nardin : Plasticien, maître de conférences en Arts plastiques à l'Université Paris 8
• Ken Ndiaye : Collaborateur indépendant du musée royal de l'Afrique centrale (Tervuren) et de diverses associations de diasporas à Bruxelles
• Catherine Perret : Professeur d'esthétique à l'Université Paris 8
• Soko Phay-Vakalis : Maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'Université Paris 8
• Anna Seiderer: Collaborateur scientifique au musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren
• Frederik Tygstrup : Professeur associé en arts et Cultural Studies à l'Université de Copenhague
• Françoise Vergès : Professeur consultant au Goldsmith Collège de Londres et présidente du comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage, depuis le 8 mai 2009
• Patricia Van Schuylenbergh : Historienne au musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren
• Elisabeth Watkins : Maître de conférences en Arts plastiques à l'Université de Leeds