Les machines à écrire

 

Naissance de la machine à écrire Diffusion de la machine à écrire Débats chez les dactylographes Les concours de dactylographie

Le déchiffrage de la correspondance est une opération qui prend du temps dans un bureau si les deux correspondants n’ont pas l’habitude de se lire mutuellement. Se pose aussi la question de la vitesse d’écriture étant donné l’augmentation de la masse de documents à écrire dans les entreprises au XIXe siècle : 30 mots à la minute, c’est le record d’écriture à la main établi aux Etats-Unis en 1853 ! La machine à écrire va régler ces deux problèmes : lisibilité et vitesse.

NAISSANCE DE LAMACHINE A ECRIRE.

machine à écrireL’idée de la machine à écrire est ancienne : une machine aurait été construite dès 1714 par un Anglais. Les
premières machines sont à cadran : l’écriture est bien lisible mais peu rapide. Ces machines restent longtemps à la mode chez les particuliers pour « imprimer » les écrits personnels tels que les cartons d’invitation. Plusieurs machines de ce type sont mises au point pour permettre aux aveugles de lire.

Dans un premier temps, on ne songe pas à utiliser ces machines pour le travail de bureau. L’invention du clavier est décisive car elle permet la vitesse.

C’est un imprimeur, Latham Sholes, qui en 1873 aux Etats Unis conçoit la première « type-writer » dont il dépose le brevet. Il signe un contrat d’association avec le fabricant d’armes Remington pour une fabrication industrielle. La première machine sort des usines Remington en 1874. Très décorée, elle ressemble à une machine à coudre. Elle ne permet que l’écriture en majuscules. A partir des années 1880, les améliorations sont constantes : écriture en majuscules et en minuscules, machine portable inventée en 1877, écriture visible après 1893 (1)
.

machine à écrire portable

 

DIFFUSION DE LA MACHINE A ECRIRE.

A partir de 1880
, la machine à écrire se répand dans les bureaux aux Etats Unis. Les fabricants organisent des démonstrations publiques destinées à convaincre les hommes d’affaires de son utilité. La machine à écrire permet un gain de temps, encore faut-il qu’elle soit utilisée par des personnes exercées. Des cours professionnels sont créés car l’entraînement est nécessaire.

En France, la machine à écrire, venue des Etats Unis, fait son apparition en 1883. Les sténo-dactylographes font leur entrée dans les bureaux des entreprises, mais aussi dans les administrations avant 1900.

 

DEBATS CHEZ LES DACTYLOGRAPHES.

Les constructeurs de machines à écrire sont innombrables ainsi que les modèles de machines. Le bon dactylographe doit pouvoir s’adapter à tous les modèles.

machine à écrire AdlerPlusieurs critères sont évalués : vitesse, taille de la machine, lisibilité de l’écriture, fatigue musculaire de la main engendrée par la frappe... Un débat agite particulièrement les milieux dactylographiques : la place des lettres sur le clavier. Sur les premiers modèles, les lettres sont disposées en ordre alphabétique ; puis des américains conçoivent un clavier selon la fréquence d’utilisation des lettres dans la langue anglaise (clavier DHIATENSOR). Mais finalement, c’est le clavier QWERTYOP qui s’impose comme clavier standard aux Etats Unis.

Le même débat intervient en France. Un premier clavier français est défini ZHJAYSCPG, remplacé ensuite par le clavier AZERTY. Ce clavier économise la fatigue musculaire des doigts entraînée par la frappe sur des
mécaniques qui restent « dures » au toucher. Il présente aussi l’avantage, en ralentissant la frappe, d’empêcher les barres à caractères de s’enchevêtrer et de se bloquer au point de frappe.

Autre problème en discussion : la méthode de frappe. Les premiers utilisateurs de machines à écrire tapent avec deux ou trois doigts car c’est le seul moyen de s’adapter à la diversité des claviers et des machines. Mais la multiplication du nombre des dactylographes oblige à élaborer des méthodes de formation et d’entraînement. La méthode « des dix doigts » s’impose lorsque les claviers sont standardisés. Pour gagner en vitesse on apprend à taper sans regarder son clavier (frappe dite « en aveugle »), à savoir changer rapidement une feuille ou à renvoyer très vite le chariot. La frappe doit être régulière et cadencée (certains cours professionnels préconisent d’ailleurs d’apprendre à taper en suivant une musique ou au rythme d’un métronome). On étudie la meilleure position des mains sur le clavier, la position du corps sur la chaise... Les concours de dactylographie sont les meilleurs bancs d’essai des machines et des techniques.

 

LES CONCOURS DE DACTYLOGRAPHIE.

mademoiselle PiauLes premiers concours, organisés dès la fin du XIX
e siècle, favorisent les progrès techniques sur les machines dont ils démontrent l’utilité : vitesse d’écriture, lisibilité. Dans l’esprit des contemporains, la vitesse, c’est le progrès. Les champions tentent de battre des records de nombre de mots tapés à la minute. Les Français sont loin derrière les Américains : en 1921, 70 mots-minute pour Mademoiselle Piau, championne française incontestée, contre 131 mots-minute pour le champion américain. Il est vrai que les mots français sont plus longs et plus complexes que les mots anglais. Mais surtout la « méthode des dix doigts » n’est pas généralisée en France.

Les concours de dactylographie n’ont pas seulement des fins publicitaires. Ils sont aussi, de plus en plus souvent, organisés par les employeurs pour stimuler la productivité de leurs employés. On fait miroiter de meilleurs salaires aux lauréats, mais la référence aux performances des champions permet aussi d’exiger des salariés une production accrue.

De ce fait, une organisation professionnelle, la Chambre syndicale des sténographes, dactylographes et mécaniciens dactylographes est amenée en 1911 à se déclarer contre les concours de dactylographie.

 

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(1) Jusqu’à cette date, la dactylographe ne voyait pas ce qu’elle tapait.