La Belle époque ?
Débuts dorganisation
Mobilisation des employées
Employés, ouvriers : même combat ?
Et aujourd'hui ?
|
Avant 1914 dans quelques rares grosses
sociétés ou administrations, la vie quotidienne
des employés, bien que monotone et soumise à une
discipline assez formelle, ne semble pas trop difficile. Paul
Verlaine, employé à la compagnie dassurances
lAigle dans les années 1860, se permet ainsi des
escapades : « Le sous-chef est absent du bureau,
jen profite |
| Mais pour limmense majorité des employés, la réalité quotidienne nest pas facile. Aucune protection légale nexiste avant 1903 ce qui est beaucoup plus tardif que pour les ouvriers. Le travail est souvent routinier et interminable (10 voire 12 heures par jour). Les salaires sont peu élevés, les fins de mois difficiles ; cest encore plus vrai pour les femmes employées que pour les hommes. Dans ses lettres, le poète Albert Samain, expéditionnaire à la Ville de Paris, évoque cette vie terne et besogneuse : « De toutes parts, quelles difficultés morales et matérielles ! Oui, matérielles ; car quel ménage veux-tu faire vivre à Paris, avec quatre mille francs ? » (2) |
|
DEBUTS D'ORGANISATION.
Les difficiles conditions de vie et de travail expliquent la naissance
dorganisations professionnelles et de syndicats chez les
employés.
Sous le Second Empire, les employés se regroupent dans
des sociétés de secours mutuel dont le but
est lentraide. Les premiers syndicats à but revendicatif
napparaissent quen 1876. En 1884 se constitue
la Chambre syndicale des employés et en 1887 le
Syndicat des employé de commerce et dindustrie dinspiration
chrétienne. En 1895, la Chambre syndicale des employés
adhère à la CGT et devient la Fédération
nationale des syndicats demployés.
Des mouvements de grève appuient la lutte pour les
revendications syndicales des employés : journée
de 8 heures, un jour de repos par semaine, interdiction du travail
de nuit, congé de maternité de 6 semaines, sièges
obligatoires pour les femmes employées dans les magasins,
droit pour les employés à faire appel aux prudhommes...
Les lois améliorent
lentement les conditions de travail : en 1900, loi dite « des
sièges » ; en 1903, loi sur les conditions
dhygiène dans les bureaux ; en 1906, loi
sur les accidents du travail ; en 1907, loi autorisant
les employés à aller devant les prudhommes ;
en 1910, loi instituant un jour de repos hebdomadaire...
MOBILISATION
DES EMPLOYEES.
Au début de la guerre de 1914-1918, les questions sociales
passent au second plan : chacun, ou chacune, doit faire taire
son intérêt personnel devant le nécessaire
effort de guerre. Mais linflation frappe de plein fouet
les familles déjà touchées par le départ
des hommes à la guerre. Mobilisées massivement dans
la production et les bureaux, ce sont souvent les femmes
qui durant la terrible année 1917 prennent la tête
des manifestations contre « la vie chère »,
pour laugmentation des salaires ou des primes. Elles demandent
aussi la « semaine anglaise » (un
jour et demi de repos hebdomadaire) soulignant quelles assurent,
en supplément, le travail domestique.
EMPLOYES,
OUVRIERS : MÊME COMBAT ?
Dès la fin de la première guerre mondiale, on peut
parler dune « prolétarisation »
des employés de bureau.
Pour beaucoup dentre eux le niveau
de vie sest dégradé et les perspectives
dascension professionnelle - et donc dascension sociale
- ont disparu. Les employés participent donc massivement
aux grèves de 1919. Comme tous les salariés, ils
obtiennent alors la journée de 8 heures.
Après 1920, lhistoire des conquêtes sociales
est commune aux employés et aux
ouvriers.
En 1936, le Front Populaire
donne à tous les congés payés, les 40 heures
et les conventions collectives. La
Libération crée la sécurité sociale,
les comités dentreprise et les délégués
du personnel. Le statut de la Fonction publique proclame légalité
des sexes en matière de salaire et daccès
aux emplois de fonctionnaires. En 1968, la grève
générale permet dobtenir lélargissement
du droit syndical dans lentreprise et des augmentations
de salaires.
ET
AUJOURD'HUI?
Depuis 1950, la société française, comme
celle de tous les pays industriels, a connu une « tertiarisation »
: le nombre demployés dans les « services »
sest considérablement accru. Mais les métiers
des bureaux connaissent actuellement une nouvelle révolution,
celle de linformatisation et de la bureautique : depuis
les années 1980, les employés ne sont pas épargnés
par les problèmes de qualification, demploi et de
reconversion.
(1) Cité par L'assurance de la Royale au GAN, éditions Tchou, 1992, p. 79.
(2) Lettres écrites de 1895 à 1897, citées par Guy Thuillier dans La bureaucratie aux XIXe et XXe siècles, éd. Economica, Paris, 1987.