Faut-il étendre
aux employés les dispositions du Code de travail et déterminer
le statut légal de la profession ?
(...) signalons la proposition
de loi que M. Champetier de Ribes et plusieurs de ses collègues,
viennent de déposer à la Chambre des députés
et qui a pour but de « compléter les dispositions
du Code du travail et de la prévoyance sociale en ce qui
concerne les employés ».
Les auteurs nenvisagent
pas seulement détendre aux employés les dispositions
actuelles du Code du travail ; ils sappliquent, encore,
à « déterminer le statut légal
de leur profession ».
Les employés bénéficient déjà
des dispositions du Code relatives à la durée du
travail, au repos hebdomadaire, à lhygiène
et à la sécurité. Est-ce dire quil
soit rationnel dentrer plus loin dans la voie de lassimilation
et de décider, sans coup férir, que désormais
le Code du travail sappliquera aux employés à
défaut dénonciation formelle ? Il est
permis den douter. Ouvriers et employés sont, sans
soute, des salariés, mais leurs fonctions sont si diverses
que la proposition de loi, après avoir posé le
principe de lassimilation, entreprend elle-même de
préciser la situation de ces derniers et de « déterminer
le statut légal de leur profession ».
Déterminer le statut
légal des employés ? Voilà qui est
bien ardu. Quest-ce donc quun employé ?
Bien des définitions ont été proposées,
mais toujours sans succès. Aussi bien, M. Champetier de
Ribes et ses collègues sen tiennent-ils à
la méthode de lénumération associative.
« Est réputé employé tout salarié,
quil soit au service dun particulier, dune
entreprise ou administration privée, qui collabore de
façon habituelle à la direction, à la surveillance,
aux études, au contentieux, aux travaux administratifs,
à la comptabilité, à lachat, à
la vente, à la représentation, à la livraison,
au maniement des espèces, à la garde ou à
lentretien des locaux, du matériel et des marchandises. »
(...) Si la proposition de loi encourt des reproches, ce ne sera
pas, à coup sûr, celui dêtre incomplète.
La formation, la suspension et la résolution du contrat
demploi, les salaires, les congés et maintes autres
dispositions dites « générales »
font lobjet dune réglementation minutieuse.
(...) [Cette proposition de
loi] nous apparaît tout dabord comme une manifestation
nouvelle de l« interventionnisme ».
Par là, elle se rattache très étroitement
à toutes les mesures qui depuis un demi-siècle
accentuent la mainmise de lEtat dans lordre économique
et social.
(...) En se substituant aux coutumes de chaque profession, le
système « officiel » tue le meilleur
facteur du progrès : linitiative privée.
La proposition de loi se flatte dêtre « un
bon instrument de paix sociale ». Mais lexcellence
dun traité de paix sociale dépend-elle donc
de la participation de lEtat ? Que deviennent, alors,
les organismes professionnels qui sont particulièrement
qualifiés pour passer, en toute connaissance de cause
et en toute responsabilité, les conventions collectives
qui les intéressent ?