« Organisation chez les fonctionnaires du XIXe siècle »

Article de la revue Mon bureau, février 1927.


Les employés de bureau ont inspiré nombre d’écrivains. Ici la revue présente comme obsolète la vie professionnelle dans l’administration ministérielle au travers de deux œuvres, un vaudeville de MM. Francis et Maurice et un roman de Balzac, Les employés.

 

 Organisation chez les fonctionnaires du XIXe siècle

 

On y songeait déjà il y a un siècle. Notre confrère L’employé, cite une comédie-vaudeville et un roman de Balzac. Les deux œuvres ont pour titre Les employés.
La comédie, œuvre de MM. Francis et Maurice fut représentée pour la première fois au théâtre des Nouveautés, le 23 août 1828.

Ces messieurs employés se contentent de passer à la fin du mois. Auguste, le surnuméraire, dans l’espoir d’arriver enfin à un emploi appointé fait tout le travail du bureau : expéditions, courses, comptabilité. Un rapport a été confié au sous-chef de bureau Legras. C’est le surnuméraire qui le dresse ; entre les pages, il oublie le brouillon d’une lettre qu’il a écrite au secrétaire général pour lui demander la main de sa fille : rapport et demande sont attribués au sous-chef, qui a transmis sans lire, et qui est bien surpris de voir agréée une candidature au mariage qu’il n’a pas posée... Tout s’arrange.

Ainsi on supprime dans le ministère une division sur deux. L’idée est commentée en un couplet :

« A notre réforme
Il faut que chacun se conforme ;
Chef, sous-chef, commis,
A la retraite sont admis,
Qu’on se plaigne, on crie,
Je dirai, la philosophie,
Mes enfants, viendra
Consoler ceux qu’on déplaça
Un vieil employé
De Rome, de Sparte ou d’Athènes,
Jadis renvoyé,
Sans en être contrarié
Dit : ô mon pays, je suis fier qu’on t’amène
Pour prendre mon emploi
Un meilleur citoyen que moi !
Que de dévouement !
Pour un individu qu’on chasse
C’est ma foi touchant,
Et c’est vraiment encourageant ;
Mais bien rarement,
Chez nous celui qui perd sa place
Prend l’événement
Aussi patriotiquement. »


Le bis qui marque ces quatre derniers vers, ne peut-on dire que nous l’avons entendu récemment ?
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Le roman de Balzac, - qu’il ne faudrait pas admettre sans réserve, à cause de certains traits forcés,- apporte sur la vie des fonctionnaires sous la Restauration de curieuses précisions, très susceptibles de nous intéresser (...)
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Tout d’abord, on était sous le règne de la journée anglaise, que nous ferions mieux de nommer la journée française, et l’on appliquait les huit heures. On commençait à huit heures du matin et on partait à quatre heures. (C’était encore officiellement le régime de nos grandes administrations, voici peu d’années).
On déjeunait au bureau, et souvent les concierges des ministères faisaient la cuisine ; les garçons de bureau apportaient le fricot. Balzac oppose deux chefs de bureau, l’un très intelligent, Xavier Rabourdin, auteur du fameux rapport sur la compression des employés, l’autre, l’imbécile Baudoyer. Chez Rabourdin, on arrive à neuf heures, et l’on fait plus de travail, note expressément Balzac, que chez Baudoyer où l’on arrive à huit. C’est que le premier dirige plus habilement.
Les employés que nous dépeint Balzac forment une curieuse galerie. La plupart des « ronds de cuir », de Courteline, sont déjà présents. Tel le père Saillard, caissier central du ministère. Saillard était un gros et gras bonhomme, teneur de livres au Trésor quand le Trésor avait des livres tenus en partie double ; il passa au ministère des finances à la suppression de son emploi ; très fort sur la tenue des livres et très faible en toute autre chose.
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Saillard commanditait un Auvergnat, Martin Falleix, pour l’exploitation d’une découverte en fonderie. La plupart des employés avaient ainsi des occupations extérieures, un second métier. Plusieurs font tenir un commerce par leur femme ; d’autres sont auteurs dramatiques ou musiciens de théâtre. « Le premier libraire de M. Scribe était employé au trésor ». Poiret jeune, un employé prêt à prendre sa retraite, et inexorablement figé dans ses habitudes, tenait de six à huit heures du matin les livres d’une forte maison de nouveautés de la rue Saint-Antoine ; de six à huit heures du soir, ceux d’une maison de droguerie rue des Lombards. Phellion, un type qui ressemble assez à Joseph Prudhomme, donnait des leçons dans un pensionnat.
La grande question pour tous ces fonctionnaires est naturellement l’avancement. Ils sont souvent pris et ballottés entres leurs fonctions au dehors et les espoirs que peuvent leur donner quelques protections ou intrigues, - car le mérite ne compte guère. C’est ainsi un drame de l’avancement qui fait le fond du roman. M. de la Billardière, chef de division, est mort. C’était un incapable dont tout le travail était fait par Rabourdin. Celui-ci est indiqué pour lui succéder. Mais en donnant la place à Baudoyer qui ne saura point la tenir, on amènera la démission de Rabourdin, et on multipliera les mutations d’emplois.
Rabourdin prête le flanc à ses ennemis. Il fait du zèle. Il a dans le plus grand secret préparé un important travail où la réforme complète de l’Administration est envisagée. Trois ministères seulement devaient subsister, sur sept qui existaient alors : les Affaires étrangères, avec la présidence du Conseil, l’Intérieur et la Guerre. Ainsi étaient supprimées des administrations entières.

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