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Historique institutionnel

L'intérêt pour les archives économiques

C'est en Allemagne, dès 1905, que les archives économiques voient leur intérêt reconnu avec l'organisation scientifique par l'entreprise Krupp de ses archives, exemple suivi rapidement par d'autres entreprises allemandes et la création à Cologne en 1906 du premier centre d'archives d'entreprises, le Rheinisch-Westfalische Wirtschaftsarchiv, avec l'aide financière de la Chambre de commerce. C'est dans cette même ville que se tiendra en 1913 le premier congrès sur les archives économiques.

En Suisse sont créées à Bâle en 1910, les Archives économiques suisses ( Schweizerische Wirtschaftsarchiv ) et les Archives pour le commerce et l'industrie à Zurich ( Archiv für Handel und Industrie ), suivi par les Pays-Bas en 1914 et leur centre d'Archives de l'histoire économique hollandaise à La Haye.

De même, aux États-Unis, la Business Historical Society, fondée à Boston, charge en 1925 la Baker Library de l'université de Harvard de recueillir des archives d'entreprises. Cette association fait paraître le Journal of Economic and Business History. Des établissements privés commencent à organiser leurs propres services d'archives.

Ce mouvement se poursuit pendant toute la première moitié du XXe siècle, en Angleterre notamment, avec la création en 1935 du Council for the Preservation of Business Archives ou plus simplement Business Archives Council ou au Danemark, avec la fondation du centre d'Aarhus, établissement d'État, pour réunir les archives industrielles et commerciales du Danemark en 1948.

Grâce à l'université de Manchester et à l'Economic History Review, un courant d'opinion se forme en faveur de la préservation des archives d'entreprises.

Les débuts d'une politique française

En 1926 les premiers efforts de Charles Schmidt, inspecteur général des bibliothèques et des archives, et la campagne entreprise par les Annales aboutissent au versement de quelques fonds d'archives d'entreprises dans les dépôts d'archives publics. Cinq ans plus tard, en 1931, une circulaire du ministère de l'Instruction publique prescrit aux archivistes départementaux de se rendre dans les établissements en liquidation et d'y prélever sur les papiers proposés à la vente ou à la destruction les documents offrant un intérêt pour l'histoire économique.

La première mobilisation d'envergure date de 1949 lorsque Charles Braibant, directeur des Archives de France, décide de la création d'une Section des archives privées et économiques et du microfilm au sein des Archives nationales. Elle est chargée de recueillir les archives d'entreprises, de les classer et de les rendre utilisables par les chercheurs. Le premier conservateur en est Bertrand Gille, historien de l'économie et des techniques. Cette étape est également accompagnée par la constitution d'un comité de sauvegarde des archives économiques formé de hauts fonctionnaires et de personnalités éminentes dans le domaine industriel et commercial ainsi que dans celui de la recherche: son but est de sensibiliser les entreprises à la conservation de leurs archives et de favoriser les dons ou dépôts auprès des services d'archives publics. Enfin, une enquête nationale est menée par les archivistes départementaux pour recenser les fonds d'archives économiques existant dans leur département. Elle sera renouvelée en 1973 pour préparer le Congrès national des archivistes tenu à Paris sur le thème des « archives privées et économiques ».

Naissance du projet du CAMT

Entre 1979 et 1983, le contexte culturel est favorable à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine industriel. Ainsi l'ouverture de la Cité des sciences et de l'industrie au parc de La Villette, la création de Centres de culture scientifique technique et industrielle (CCSTI), la mise en place de la cellule « Patrimoine industriel » dans les services de l'Inventaire des monuments et richesses artistiques de la France (janvier 1983), l'essor de l'archéologie industrielle participent de cet intérêt.

La recherche aussi se tourne vers le patrimoine industriel avec le développement de l'histoire d'entreprises en France, sur les traces de la Business history américaine et un nombre croissant de travaux d'historiens consacrés aux entreprises ou se basant sur des archives d'entreprises, tant en histoire économique et technique qu'en histoire sociale, viennent conforter la place historique de l'Industrie.

Les entreprises elles-mêmes, grands groupes industriels publics ou privés et grandes centrales syndicales, prennent conscience de l'importance de leurs archives anciennes ou contemporaines et de leur bonne gestion, ce qui est confirmé par la création de services d'archives accessibles à la recherche confiés à des archivistes de haut niveau et d'instituts d'histoire sociale ( CGT et centre Henri Aigueperse de la FEN, aujourd'hui UNSA ).

Le lancement du projet

En 1983, à la suite des travaux d'une commission des archives industrielles réunie entre 1980 et 1981, le Conseil des ministres décide de créer un premier Centre des archives du monde du travail à vocation interrégionale et de lancer une enquête nationale, menée par la Direction des Archives de France, pour recenser les archives d'intér^ét national encore conservées par les entreprises. En décembre 1984, l'usine Motte-Bossut de Roubaix, ancienne filature de coton inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1978 et désaffectée depuis 1981, est choisie pour accueillir le Centre des archives du monde du travail.

La région Nord Pas-de-Calais est choisie comme lieu d'implantation du premier Centre des archives du monde du travail, en raison de la richesse de son passé industriel et des nombreuses initiatives déjà prises en faveur du patrimoine industriel (colloque "Le patrimoine industriel : stratégies pour un avenir", en 1979 enquête sur les archives d'entreprises confiée, dès 1982, par la Région aux Archives départementales du Nord, etc.).

Au coeur de Roubaix, cette imposante friche industrielle entre dans les projets de reconstruction du centre-ville. La ville de Roubaix, dans le cadre du programme "Banlieue 89", rachète les locaux désaffectés de Motte-Bossut pour y aménager un Centre international de la communication Eurotéléport.

Ce grand projet de l'État en région est inscrit au contrat de plan État-Région. La Région Nord Pas-de-Calais participe à son financement à hauteur de 25%.

Outre les contraintes techniques liées à la construction d'un dépôt d'archives, le programme de réhabilitation imposait aux architectes de prendre en considération les objectifs novateurs du Centre comme l'élargissement des archives au grand public ou la recherche du partenariat entre le Centre et les acteurs régionaux.

En février 1985 est lancé l'appel à candidatures pour la consultation de concepteurs, 38 dossiers sont déposés. Le 3 mai 1985, 6 équipes d'architectes sont retenues pour poursuivre la compétition : remise pour le 30 juillet 1985 des esquisses par les équipes concurrentes.

Le 3 septembre 1985, le jury du concours retient le projet du cabinet AREA et de l'architecte Alain Sarfati. Ce projet présente la particularité de dégager, tout en répondant au programme, 1800 m2 de surfaces d'animation culturelle.

Ce n'est qu'en mars 1989 que débutent les travaux de réhabilitation. Les façades protégées au titre des Monuments historiques, sont respectées. L'aile est complètement évidée pour permettre la construction d'une structure en béton de huit étages capable de supporter de très fortes charges au sol.

Au printemps 1993 : achèvement des travaux de réhabilitation de l'usine Motte-Bossut, cent cinquante ans après la création de la Société Motte-Bossut et Cie.

L'installation progressive

En février 1986 le Centre des archives du monde du travail commence à fonctionner en préfiguration et la collecte d'archives est engagée. Leur conservation est assurée dans des locaux provisoires à Lille. Après plusieurs péripéties, comme le 6 avril 1987 où le premier appel d'offre est déclaré infructueux aboutissant au remaniement en conséquence du projet et les difficultés inhérentes à la réhabilitation du bâtiment ancien dont les caractéristiques techniques étaient mal connues (découverte d'ouvrages enterrés, hétérogénéité des fondations d'origine, etc.), l'emménagement des collections et de l'équipe dans les nouveaux locaux a lieu en janvier 1993.

Le 5 octobre 1993 Monsieur Jacques Toubon, ministre de la Culture et de la Francophonie, inaugure le centre et l'ouverture de la salle de lecture au public de chercheurs.

En 1994, la Direction des Archives de France confie un rôle de coordination nationale au Centre des archives du monde du travail et il est décidé l'année suivante de transférer les séries AQ et AS, auparavant conservées à Paris, à Roubaix qui devient l'unique établissement dédié aux fonds économiques et sociaux en France.

Organisé en service à compétence nationale depuis le 31 décembre 2006, le CAMT est à présent dénommé Archives nationales du monde du travail.