Chevalement

Mines et mineurs de charbon

entre réalité et imaginaire

Textes littéraires

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Le monde charbonnier a été une source d´inspiration pour de nombreux écrivains et poètes. Voici deux extraits littéraires qui célèbrent le charbon et son exploitation.

Ode à l´énergie, Pablo Neruda

Gisant dans le charbon, ta plante aux feuilles noires
Paraissait endormie. Mais se voyant extraite
Elle se mit en marche et surgit, devenant
Folle langue de feu et vécut au cœur même
De la locomotive ou encor du vaisseau.
Rose rouge cachée, viscère de l´acier,
Toi, qui corridors secrets de la ténèbre
Récemment arrivée, aveugle, te livrais !
Alors moteurs et roues, machines, mouvements,
Lumière et battements, bruits, par toi, énergie,
De toi, mère énergie, les voilà mis au monde !
À force de frapper tu les as mis engendrés,
Tu brûlas les foyers, les mains du chauffeur bleu,
Abolis la distance en hurlant dans ta cage.
Et partout où tu fus, te dévorant toi-même,
Là où parvint ton feu, arrivèrent les grappes,
Surgirent des fenêtres, les pages, comme plumes
S´unirent et les ailes des livres s´envolèrent :
Et comme des hommes naquirent, et tombèrent des arbres,
Féconde fut la terre.

Énergie, énergie, tu es dans le raisin,
Goutte ronde de sucre en deuil,
Transparente planète, flamme liquide, sphère
De pourpre frénétique, et grain multiplié
De l´espèce, germe du blé,
Étoile céréale, pierre d’aimant vivante
Ou acier, et pylône avec fils électriques !
Les eaux en mouvement !
Dans ta concentration de colombe secrète,
Énergie, tout au fond des êtres tu grandis,
Dans le sang de l´enfant
Tu crois comme une plante qui fleurit dans ses yeux,
Tu fortifies ses mains, le frappant, l´étirant
Jusqu´à ce qu´il se fasse homme.
Feu qui cours et qui chantes, eau qui crées, croissance,
Transforme notre vie, tire du pain des pierres,
De l´or du ciel, des cités du désert, donne-nous
Tout ce que tu contiens, étend les dons de feu
Loin là-bas sur la steppe, et fabrique le fruit,
Allume le trésor qu´est le blé, fends la terre,
Aplanis les montagnes, épands de par la terre
Les fécondations nouvelles pour que, dès lors,
À partir de là ou se transforma la vie
La terre se transforme à présent, toute entière,
Terres, îles et désert,
Et pour que change l´homme !

Alors, ô énergie, ô épée flamboyante,
Tu ne seras pas ennemie,
Ta chevelure maîtrisée
Sera fleur, sera fruit, achevés et parfaits,
Et ton doux feu sera paix, structure,
Fécondité, colombe immensité de grappes,
Et prairies de pain frais.

Les Indes noires, Jules Verne

On sait que les Anglais ont donné à l´ensemble leurs vastes houillères un nom très significatif. Ils les appellent très justement les « Indes noires », et ces Indes ont peut-être plus contribué que les Indes orientales à accroître la surprenante richesse du Royaume-Uni. Là, en effet, tout un peuple de mineurs travaille, nuit et jour, à extraire du sous-sol britannique le charbon, ce précieux combustible, indispensable élément de la vie industrielle.

À cette époque, la limite de temps, assignée par les hommes spéciaux à l´épuisement des houillères, était fort reculée, et la disette n´était plus à craindre à court délai. Il y avait encore à exploiter largement des gisements carbonifères des deux mondes. Les fabriques, appropriées à tant d´usages divers, les locomotives, les locomobiles, les steamers, les usines à gaz, etc.…, n´étaient pas près de manquer du combustible minéral. Seulement, la consommation s´était tellement accrue pendant ces dernières années, que certaines couches avaient été épuisées jusque dans leurs plus maigres filons. Abandonnées maintenant, ces mines trouaient et sillonnaient inutilement le sol de leurs puits délaissés et de leurs galeries désertes. Tel était, précisément, le cas des houillères d´Aberfoyle.

« Ce morceau de houille, mes amis, repris James Starr, c´est comme le dernier globule du sang qui circulait à travers les veines de la houillère ! Nous le conserverons, comme nous avons conservé le premier fragment de charbon extrait, il y a cent cinquante ans, des gisements d´Aberfoyle. Entre ces deux morceaux, bien des générations de travailleurs se sont succédé dans nos fosses ! »

Que se passa-t-il dans ce creuset gigantesque, où s´accumulait la matière végétale, enfoncée à des profondeurs variables ? Une véritable opération chimique, une sorte de distillation. Tout le carbone que contenaient ces végétaux s´agglomérait, et peu à peu la houille se formait sous la double influence d´une pression énorme et de la haute température que lui fournissaient les feux internes, si voisins d´elle à cette époque.

Ces maisons de mineurs, construites en briques, s´étaient peu à peu disposées d´une façon pittoresque, les unes sur les rives du lac Malcom, les autres sous ces arceaux, qui semblaient faits pour résister à la poussée des voûtes comme les contreforts d´une cathédrale. Piqueurs qui abattent la roche, rouleurs qui transportent le charbon, conducteurs de travaux, boiseurs qui étançonnent les galeries, cantonniers auxquels est confiée la réparation des voies, remblayeurs qui substituent la pierre à houille dans les parties exploitées, tous ces ouvriers enfin, qui sont spécialement employés aux travaux de fond, fixèrent leur domicile dans la Nouvelle-Aberfoyle et fondèrent peu à peu Coal-city, située sous la pointe orientale du lac Katrine, dans le nord du comté de Stirling.