Un nouveau chantier d'archivage s'ouvre en 2005
METALEUROP NORD
La liquidation début 2003 de l'usine Métaleurop Nord, première usine de fonderie de plomb et de zinc d'Europe, installée à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais), a représenté l'arrêt d'une production plus que centenaire, a conduit à un conflit social majeur des salariés brutalement mis au chômage et a amené, dans une ville qui avait déjà connu la fin de l'industrie charbonnière régionale, une crise économique considérable.
Héritière de la société Penarroya (Espagne) au sud de Séville d'où était extrait dès 1881 le minerai de plomb et le minerai d'argent, l'usine de Noyelles-Godault ouvre en 1914 et présente une excellente situation géographique : l'acheminement des minerais pouvait se faire par la ligne de chemin de fer nouvellement ouverte Séville-Lille, le charbon sur place était utilisé en grande quantité pour la transformation des minerais importés, le canal de la Haute Deûle permettait aussi le transport par le réseau des canaux et fleuves aboutissant aux grands ports de la Manche et de la Mer du Nord. Durant la première guerre mondiale, la fonderie est incendiée et les dommages de guerre permettront la reconstruction des ateliers et installations vers 1921, dont la tour de plomb de chasse de 60 mètres de haut en profil de minaret.
Les conditions de travail du zinc sont extrêmement dures, en particulier à cause des très hautes températures. Il faut 3 fondeurs pour manier un creuset de 2 mètres et de 60 kilos, sorti rouge du four. La tenue devant le four comporte une " voilette " ou morceau de rideau trempé dans l'eau et mis sur le visage, tandis que le sac porté sur les épaules est refroidi par projections de seaux d'eau. Les ouvriers, spécialisés dans ce travail épuisant, travaillent très vite et le plus souvent de 5 à 9 heures du matin. Vers 1936, la fonderie requiert un demi-millier de personnes que le patronat va chercher dans les usines de Mégrine en Tunisie et du Laurium en Grèce, faisant partie du réseau Penarroya. Ces travailleurs immigrés restent alors sur place.
Pour cette usine qui ne voulait pas mourir, le Centre des Archives du Monde du Travail a décidé de participer à un programme original de sauvetage d'archives, qui se trouvent encore aujourd'hui sur le site en cours de reconversion avec le repreneur, la société SITA (groupe Suez) spécialisée dans le retraitement des déchets industriels.
Une équipe est en cours de constitution, avec le soutien scientifique et technique du CAMT, associant les ex-salariés de Métaleurop Nord en reconversion, l'Association Chœurs de fondeurs qui veille sur les intérêts des ex-salariés, le repreneur SITA et les anciens cadres de l'entreprise. Les archives techniques de production des laboratoires et bureaux d'études, les dossiers de personnels, la comptabilité seront triés sur place et classés, aboutissant à la sélection et à la conservation des archives historiques au Centre des Archives du Monde du Travail.
Des stages de méthodologie en matière de tri, classement et inventaire commenceront dès le début de 2005, pour faire que l'expérience et les savoirs des salariés de l'usine soient très justement placés au cœur de ce sauvetage patrimonial exemplaire.