Société des forges et ateliers du Creusot (SFAC)


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Historique

 

La Société des forges et ateliers du Creusot (SFAC) (1) a été créée en 1949 grâce aux apports de la société Schneider et Cie et de la Société nouvelle des usines de la Chaléassière qui souscrivirent 698 300 actions de 10 000 F sur les 700 000 du capital d'origine, s'élevant à 7 milliards de francs. Les actifs industriels apportés par Schneider et Cie étaient constitués par les usines du Creusot, les chantiers de construction de Châlon-sur-Saône et les ateliers de filage et d'étirage de produits cuivreux de Bordeaux (sis à Lormont, Gironde) ; ceux de la Société nouvelle de la Chaléassière par l'usine de Saint-Etienne et celle d'Anzin, déjà donnés à bail à Schneider et Cie depuis 1941.


La nouvelle société (qui eut pour président Charles Schneider jusqu'à son décès en 1960) développa les activités de Schneider et Cie dans les domaines de la sidérurgie, de la métallurgie lourde et de la grosse mécanique ; elle y ajouta la fabrication de matériel pour les centrales nucléaires (2). Dès sa création, pour répondre à l'accroissement de la demande de l'après-guerre, elle dut soutenir un important effort de modernisation de l'appareil de production et recourir à plusieurs emprunts bancaires (notamment auprès du Crédit national, dans le cadre du plan Marshall). La sidérurgie française connut alors un rythme de croissance rapide qui devait se prolonger jusqu'à la crise mondiale de 1970 (3).




La SFAC reçut, à compter du 1er janvier 1952, les apports de la Société hydromécanique et ceux de la Société immobilière régionale, constitués principalement, pour la première, par une usine de mécanique à Toulouse (grosses et moyennes turbines hydrauliques) et pour la seconde par des docks au Creusot.


L'ouverture du marché commun en 1953 devait provoquer une compétition chaque jour plus dure. Afin d'y faire face, la SFAC s'efforça de développer ses exportations par des représentations ou des prises de participation à l'étranger. Avec Schneider et Cie et d'autres sociétés de ce groupe, elle créa, en 1956, l'ENSA, société ayant pour objet la constitution et la gestion d'associations pour la négociation et la réalisation de marchés concernant des ensembles industriels complexes.


En 1957, la société Batignolles-Châtillon, devenue société holding à la suite des apports, en 1956, de ses activités à deux filiales de la SFAC (Batignolles-Châtillon-Mécanique générale et H. Ernault-Somua), fut absorbée par cette dernière avec effet rétroactif au 1er juillet précédent. Cette fusion devait permettre une harmonisation des fabrications et de l'action commerciale de la SFAC et de ses nouvelles filiales.


Les années qui suivirent furent marquées par des prises de participations importantes, parmi lesquelles on peut citer en 1959, en commun avec plusieurs sociétés du groupe Schneider (les Forges et ateliers de construction électrique de Jeumont, le Matériel électrique SW, la Compagnie industrielle de travaux, la Société de modernisation industrielle, Merlin-Gérin et la Société parisienne pour l'industrie électrique), la création de Framatome (Société franco-américaine de construction atomique) ; également celle de Brevatome en collaboration avec EdF et le CEA, pour la gestion des brevets d'application nucléaire. L'activité de la SFAC dans le secteur de l'industrie atomique était appelée à se développer, ainsi que l'atteste sa contribution à la construction de plusieurs centrales pour EdF (Chooz dans les Ardennes, Saint-Laurent-des-Eaux, Marcoule ... ) et pour le CEA.


En 1960, un accord avec la Société des forges et aciéries du Saut-du-Tarn amena une prise de participation au capital de cette société et la cession de deux chutes sur le Tarn, en amont de Saint-Juéry. La SFAC poursuivit, d'autre part, sa politique de rationalisation des productions, des études et des activités commerciales. Elle contribue à la création de diverses sociétés : la CERCA (Compagnie d'études et de réalisation de combustibles atomiques), Creusométal (société chargée de la vente des aciers en France), la Société des ateliers Durafour (ayant pour objet la fabrication de chaudronnerie légère à Alger et à Bône), la SOMUA (4) (Société des machines-outils à laquelle la SAVIEM fit apport d'une partie de ses activités) et enfin la SERMIAT (Société d'études et de réalisation de matériel et d'installations aéroterrestres). Mais elle céda ses installations de Bordeaux à la Société métallurgique de Lormont.


Le même souci de concentration des moyens d'études et de commercialisation amena la création, en 1961, à la suite d'un accord avec la Société Rateau, de la Société des turbines à vapeur Rateau-Schneider qui conclut des marchés importants avec EdF et Framatome. De même furent constituées, avec les Etablissements Delattre et Frouard, la société Schneider-Delattre-Levivier spécialisée pour l'exportation du matériel sidérurgique (et dénommée Sidexport), et la SEES (Société d'études et d'entreprises sidérurgiques).


L'arrêt de l'expansion sidérurgique dans le monde et le déclin de l'industrie mécanique imposèrent plus que jamais cet effort de concentration. Une moindre demande des marchés extérieurs provoqua, en effet, la baisse des prix à l'exportation, alors que la ferraille, matière première essentielle, avait subi des hausses importantes au cours des précédentes années. A compter du 1er janvier 1963, la SFAC absorba sa filiale la société Batignolles-Châtillon (Mécanique générale) (5) qui lui apporta ses usines de Nantes et de Tarbes.


Pour répondre aux exigences du progrès techniques, de nouvelles sociétés d'études et de ventes furent mises sur pied : Latil-Batignolle, créée par la SFAC et la SAVIEM pour assurer la commercialisation des tracteurs forestiers Latil et des chariots Armax, construits à l'usine de Nantes, et la SENTA (Société d'études nucléaires et de techniques avancées) constituée à 90 % par la SFAC afin de reprendre les activités de l'ancienne Division des études spécialisées dans le domaine nucléaire ; cette même année (1963), la filiale MTE (Matériel de traction électrique) fut chargée d'assurer les études de conception et de commercialisation de tous les matériels de traction ferroviaire construits par Jeumont-Schneider et par la SFAC.


L'aggravation de la conjoncture incita cette dernière, en 1964 et 1965, à céder la participation qu'elle détenait dans la société H. Ernault-Somua et à lui transférer la fabrication des machines-outils de l'usine de Toulouse. Elle renonça, également, à sa participation dans la CERCA (Compagnie pour l'étude et la réalisation de combustibles atomiques) et fit apport d'une part, de son usine d'Anzin (principalement fabrications de matériel de levage) à la Société industrielle Delattre-Levivier, et d'autre part de l'usine de produits réfractaires de Perreuil (Saône-et-Loire) aux Etablissements Prost ; la plus grande partie du domaine civil du Creusot et de Chalon-sur-Saône était, par ailleurs, cédée à la Société immobilière du Creusot.


Un accord avec les Etablissements Bouchayer et Viallet de Grenoble eut pour résultat le transfert de la fabrication des vannes hydrauliques aux chantiers de Chalon tandis que l'étude et la commercialisation des matériels hydrauliques étaient confiées à une société commune, BVS. Un autre accord avec les Forges de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons mit fin aux activités de cette société à Montluçon (usine Saint-Jacques) qui furent reprises par la SFAC. Enfin, l'achat du fonds de commerce des sociétés Blondel-Millespaugh-Batignolles et Sofipag devait étendre les productions de la société aux machines à papier, à caisseries et à carton ondulé.


La concentration et le développement des participations du groupe se poursuivirent en 1966. Deux sociétés technico-commerciales, la Société d'étude et de vente de matériels pour la fabrication et le façonnage du carton ondulé Martin, et Neyrpic-BMB furent fondées, la première avec la Société Marius Martin et la seconde avec Neyrpic, pour la commercialisation de machines à papier. La SOCIA (Société pou l'industrie atomique), ayant pour actionnaires les sociétés du groupe Schneider groupées dans la Société d'études et d'entreprises nucléaires (SEEN) et dans Indatom, regroupa les activités du secteur d'entreprise générale de centrales nucléaires.


Dès la fin de 1965, des négociations furent engagées avec la Compagnie des aciéries et forges de la Loire (CAFL) (6) en vue de la rationalisation d'activités similaires ; elles aboutirent en 1967 à des accorde d'association pour des produits définis, conclus dans le cadre du plan professionnel de la sidérurgie française inclus dans le 5e plan et adopté par la convention entre l'Etat et la profession du 29 juillet 1966. L'absorption à compter du 1er septembre 1967, de la Société métallurgique d'Imphy (déjà sous contrôle de Schneider et Cie depuis 1955) permit à la SFAC, spécialisée elle-même dans la production et la mise en oeuvre des aciers fins, d'étendre la gamme de ses produits métallurgiques. Elle reçut ainsi les usines d'Imphy (Nièvre), de Pamiers (Ariège) et d'Ivry (7) (cette dernière devant être fermée en 1969 après transfert des activités). Au nombre de ses filiales figurèrent désormais les sociétés minières de.Batère (Pyrénées-Orientales) et de Joudreville (Meurthe-et-Moselle), les Fonderies d'aciers spéciaux et réfractaires (FASER), les Aciéries et usines métallurgiques de Decazeville (AUMD), les Ateliers d'appareils de mesure des laboratoires Ademel, et la société Mécanique de Montargis. Il en résulta une augmentation dans le montant du chiffre d'affaires, de la part des produits métallurgiques par rapport à ceux de la mécanique, les premiers représentant dès lors 1/3 de ce chiffre.


Les événements de mai-juin 1968 (et notamment les grèves) perturbèrent la reprise d'activité résultant de cette absorption et la SFAC subit le contrecoup de la crise économique.


Depuis plusieurs années déjà, la sidérurgie et la mécanique lourde étaient en crise, le contrôle des prix par l'Etat ne permettant pas de dégager de marges suffisantes pour l'auto-financement indispensable aux investissements et rendant nécessaire l'aide financière des pouvoirs publics. La SFAC, qui souffrit constamment d'un manque de liquidités avait dû recourir à des emprunts. En 1968 et 1969, des prêts lui furent accordés par le GIS (Groupement de l'industrie sidérurgique) et par le FDES (Fonds de développement économique et social) sur convention particulière avec l'Etat, conclue dans le cadre du plan professionnel de la sidérurgie.


Le développement de la compétition et la concurrence sans cesse accrue de groupes puissants devaient susciter toutefois la création d'une entreprise de taille européenne. Encouragé par les pouvoirs publics, un accord intervint le 9 juin 1970 entre les deux holdings de la SFAC et de la Compagnie des aciéries et forges de la Loire (CAFL), Schneider SA pour la première et Marine-Firminy pour la seconde, posant les principes d'une fusion complète des deux sociétés et de l'égalité des deux holdings dans le contrôle de la nouvelle société qui devait en résulter. En avril 1970, une société-cadre au capital de 100 000 F fut créée sous la dénomination de Creusot-Loire, pour recevoir l'actif et le passif des deux entreprises. La fusion de la SFAC avec Creusot-Loire eut lieu par acte sous seing privé du 18 juin 1970, avec effet rétroactif au 1er janvier de la même année. La nouvelle société absorba également la CAFL, la Compagnie financière Delattre-Levivier (8), et la Société Adamel ; Schneider SA lui fit par ailleurs un apport d'actions de la SESTIG et de la Société immobilière Morvan-Bourgogne (SIMoB).


Il est évidemment très difficile de retracer brièvement l'histoire d'une société aussi importante que la SFAC, qui eut à faire face aux problèmes nés d'une conjoncture complexe ; seules ont pu être relevées quelques données de base permettant de suivre les modifications essentielles des structures.


Jusqu'à la fusion de 1970, la SFAC "doyenne de l'industrie mécanique lourde en France" apparaît comme le chef de file et l'animateur de tout un groupe qui, pour faire face à une concurrence très dure sur le marché mondial, a réalisé d'importants efforts de concentration et de modernisation. Le chercheur trouvera dans le compte rendu présenté à l'assemblée générale des actionnaires du 8 juillet 1969 une liste complète (9) des sociétés où sa participation s'élevait au moins à 50 % du capital.


Modalités d'entrée


Les archives de la Société des forges et ateliers du Creusot ont été microfilmées par les Archives nationales en 1982.

L'inventaire a été réalisée par I. Brot.

Dates extrêmes des documents : 1949-1970
Communicable sur autorisation




(1)
Les statuts (1949 et 1960), et les rapports aux Assemblées générales de 1951 à 1969 sont conservés par ailleurs sous la cote 65 AQ K 2101 ; également une Note d'information... à l'occasion de l'admission à la cote officielle des 146 828 actions nouvelles de F 100 nominal créées en rémunération de l'apport effectué à titre de fusion par la Société métallurgique d'Imphy (février 1969).

(2)
On trouvera sous la cote 65 AQ K 2102 des brochures publicitaires Société des forges et ateliers du Creusot, Usines Schneider, donnant une description sommaire, année par année, des fabrications (avec photos), de 1948 à 1949 et de 1952 à 1968. Le même article contient des brochures techniques (1961-1963 et 1965), ainsi que la revue SFAC-Informations destinée au personnel (1969-1970, avec lacunes pour septembre et novembre 1969) et une notice de 33 pages sur Charles Schneider (1898-1960) publiée à l'occasion de son décès.

(3)
Selon J. Baumier (La fin des maîtres de forges, Paris, 1981, p. 88). Les difficultés de la branche, rendant nécessaire l'aide financière de l'Etat, paraissent toutefois se situer à partir de 1964.

(4)
A ne pas confondre avec la Société d'outillage mécanique et d'usinage d'artillerie, qui a donné naissance à la SAVIEM en 1955 (voir 122 AQ).

(5)
Voir 168 AQ.

(6)
Voir 124 AQ.

(7)
Anciens Etablissements Lemoine (voir 172 AQ).

(8)
Voir 174 AQ.

(9)
167 AQ 3.