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microfilms / avant propos



Il est intéressant de rappeler que la reproduction en série des documents originaux par les Archives nationales a pris naissance, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, à partir des fonds d'archives privées, et tout spécialement à partir des fonds économiques.

Conscient que les propriétaires d'entreprises - celles-ci étant en France très largement développées et transmises de manière familiale - ne se résoudraient pas à transférer leur patrimoine documentaire à l'État, Charles Braibant, alors directeur général des Archives de France, « inventa » la transmission par la voie du microfilmage. Ainsi, bien des sources décrites dans le présent État des microfilms se rapportent à des fonds d'archives qui ne sont jamais venus aux Archives nationales sous forme d'originaux.

Le microfilmage répondait alors aux impératifs de respect de la propriété privée et des héritages familiaux ainsi que du secret industriel et commercial, enfin aux souhaits de connaître au plus près le mouvement de la recherche en histoire économique : déjà, les entreprises voulaient prendre part au regard porté sur elles, préfigurant, souvent sans le savoir consciemment, la revendication de leur histoire élaborée en interne, l'organisation de services d'archives sur place et aussi – et ce n'est pas le moins – la nécessité de joindre aux archives la parole des acteurs, notamment celle des entrepreneurs. En cela, ces propriétaires privés exigeants et intéressés par la sauvegarde des sources économiques confortaient la voie ouverte par les sciences sociales de l'après-guerre pour promouvoir une nouvelle méthode et de nouveaux outils pour l'histoire du temps présent.

Cette continuité existe toujours aux Archives nationales du monde du travail.

Mais à présent que les fonds sont largement constitués (plus de 37 kilomètres sauvegardés sur le site de Roubaix), le microfilm vient maintenant au secours des documents originaux fragiles par leurs dimensions et leurs poids : il demeure le recours idéal pour reproduire les lourds registres comptables foliotés des négociants et banquiers de l'Ancien Régime et du XIXe siècle ou les registres techniques des grands industriels des mines, du chemin de fer, des chantiers navals, de la métallurgie, de la sidérurgie et des travaux publics. Le microfilm vient alors remplacer la consultation de l'original en salle de lecture, à Roubaix comme dans tout le réseau des Archives de France (communication du microfilm par envoi postal).

La fonction du microfilm a donc été enrichie.

En toute logique, elle prend donc place dans les mutations technologiques actuelles, sans contradiction avec les outils plus contemporains tels que la numérisation.

Ceci est la marque d'une mutation réussie, par la coopération active des Archives nationales à Roubaix et du Centre national du microfilm et de la numérisation d'Espeyran.

Martine de Boisdeffre

Conseiller d'État

Directrice des Archives de France