Le groupe Boussac est né en 1911 avec la création par Marcel Boussac du Comptoir de l'industrie cotonnière (CIC). Le CIC, devenu SA en 1917, absorbera ou contrôlera bon nombre d'entreprises. De même les Manufactures de Senones, acquises en presque totalité par Boussac en 1920, vont gérer totalement ou en partie de nombreuses filiales. Mais, auprès de ces deux sociétés-mères, figurent dans le groupe Boussac des entreprises d'importance variable, créées ou annexées à partir de 1914, la première étant à cette date la Société d'importation du Nord et de l'Est fondée avec P. Lederlin pour l'importation des matières premières. En 1916 Boussac crée la Société générale du coton industriel, pour l'exploitation des matières premières. En 1918, c'est la création de la Société d'impression du Nord et de l'Est, l'annexion de Warnod-Boigeol, et la fondation de l'Immobilière "La Fouilleuse" qui gérera la plupart des propriétés Boussac, notamment l'hippodrome de Saint-Cloud. En 1920 entrent dans le groupe la filature de laine cardée de Drusenheim et l'importante chemiserie Rousseau. De 1923 à 1925, Boussac négocie l'achat de la majorité des parts de la filature de coton, lin et métis de Zyrardow en Pologne (les accords entre le groupe Boussac et les actionnaires polonais ayant été dénoncés en 1934, l'usine sera mise sous séquestre). En 1924, il fonde la Société commerciale pour l'Orient. Parallèlement à ces opérations, Boussac organise ses deux principales sociétés, CIC et Manufactures de Senones, entre 1925 et 1930.
Dès 1931 les acquisitions et créations reprennent hors de ces deux sociétés : 1931, création des Société industrielle textile et Société immobilière textile ; 1932, fondation de Giliana à Constantine, de l'Omnium textile du Sud-Ouest, et achat de la manufacture de Buhl à Cernay ; 1933, entrée dans le monde de la presse avec l'achat des Cahiers de la jeunesse, achat de la Manufacture d'impression de Wesserling, création de Texta à Alger et de la Société économique textile du Nord (chaîne de magasins). Les établissements Laederich passent sous le contrôle du groupe en 1934 ; en 1935, Boussac reprend la société Mondia (voyages, tourisme, transports), et crée la Société française des ouates et cotons. Il fonde en 1936 la société financière Miradia. Les années 1935-1936 sont aussi celles de l'annexion des importants établissements Jalla, spécialisés dans les tissus éponges, et des filatures alsaciennes Kahn, Lang et Manuel.
En 1937 se créent les sociétés africaines Texaf et Cotonaf, et SO-CO Ltd ; en 1939, la Société d'impression coloniale. En 1942 M. Boussac annexe la société Emile Fumat et frères, et vers 1944 la société Emile Collot.
De 1944 à 1957 le groupe Boussac s'agrandit considérablement. Beaucoup des sociétés annexées ou créées n'ont rien à voir avec l'activité textile, notamment les sociétés civiles immobilières fondées pour la gestion de propriétés personnelles ou de biens mis au nom de sociétés du groupe. En 1944 se créent la SCI du 32, avenue Montaigne, et la coopérative d'achats Toircoton, destinée à faciliter le ravitaillement du personnel du groupe. En 1946, Boussac négocie avec Bendix la création de "Bendix français" (Bendix Home Appliances France). La même année sont créées les SCI de la rue de Chézy et de Château-Bineau, et la Foncière des aigles, qui gère le centre de vacances du groupe Boussac ; en 1946 également sont annexées la société Nicolas Géliot (gestion d'actions) et la société Christian Dior. Les tissages normands Desgenetais, où Boussac avait déjà d'importantes participations, sont absorbés la même année.
1947 voit la création de Covel SARL, du Comptoir des cotonnades marocaines, de la Société générale des textiles, de Dior Parfums (avec la participation de Moët et Chandon) et Dior USA, de Tissgar et Rosine Deltour Amérique, de la SCI Bellefonds-Rochechouart, tandis qu'est annexée la Manufacture alsacienne de tapis.
En 1948, annexion des Moulinages du Cros, de l'Organo-Synthèse alsacienne, et création de plusieurs sociétés immobilières : celles des villas Clover et Teddy Chantilly, de la place Adolphe-Chéroux, et de l'Immobilière Alma.
En 1949 sont annexés les établissements Cobrat et Compagnie et les Magasins généraux de Marcq-en-Baroeul. La même année voit la création de sociétés financières (Elgia, SO-PAR-FIN-CO) ou immobilières (SCI du 72, avenue Foch).
En 1950 l'"empire textile" est constitué. Les sociétés annexées ou créées à partir de cette date sont en très grande majorité des sociétés immobilières et financières, gérant les biens de M. Boussac ou de son groupe, ou des sociétés exerçant leur activité hors du monde du textile.
En 1950 sont créées les SCI du 24, rue d'Artois et de la villa Les Glycines-Chantilly, ainsi que la Société commerciale aérienne du littoral, qui gère les avions destinés au transport des chevaux de M. Boussac et à l'usage de Dior Amérique.
1951 est une date marquante dans l'histoire du groupe Boussac : il prend le contrôle de l'Aurore et de ses satellites de presse (Paris-Turf, Sport complet). La SCI du 13, rue François Ier est créée la même année.
En 1952 sont créées la Compagnie électro-domestique, la Société foncière et mobilière, la société financière Parfinan. Robert Boussac, frère de M. Boussac, reprend la société d'éditions Robeyr (lectures pour la jeunesse et promotion en France des oeuvres de O. Henry). Le groupe contrôle aussi les éditions Boucherit.
En 1953, rachat des établissements Vernet, création de la société de construction SO-PAR-CO-DHA, des sociétés immobilières de la villa Le Ravin et du 107, rue Armand-Sylvestre, et d'une société de garde d'archives.
Puis, de 1954 à 1957, les rachats et créations se ralentissent : création de la SCI La Pergola et achat de Pierre Clarence (1954), création de Dior Ltd Londres et de la SCI Char-Bois (1955), de la société financière Jacomar (1956), de la société de recherches pétrolières Francarep (1957). On peut considérer que les dernières grosses opérations du groupe sont la prise de contrôle du Petit Parisien en 1956, et l'absorption du groupe textile Laederich en 1966.
Composition des fonds :
Le fonds se répartit sur deux entrées (1987003 et 1994020), les archives étant parvenues au CAMT en deux lots.
Dans l'entrée 1987003 on trouvera notamment :
- d'intéressants dossiers de consultations juridiques (1920-1930).
- de nombreux documents concernant la production : études et essais de laboratoire, échantillons et modèles de tissus de 1930 à 1975.
- le volumineux dossier du contentieux entre le groupe Boussac et la BNC sur un contrat de couverture, lors d'un effondrement du marché du coton (1930-1939).
- divers documents sur les filiales (à l'exception de leur comptabilité, regroupée dans le second lot d'archives), de 1908 à 1978. Signalons les dossiers de tableaux récapitulatifs de 70 sociétés, dossiers très riches en contenu : dates de création et d'annexion, composition du conseil, représentation des actions aux assemblées, etc., tenus année par année. Les dossiers particuliers des filiales sont d'importance et d'intérêt variables ; à signaler celui de la SCI la Fouilleuse qui gérait l'hippodrome de Saint-Cloud, et celui du groupe Laederich.
Certains dossiers comprennent d'intéressants chapitres sur l'approvisionnement et la fabrication en temps de guerre.
Plusieurs ensembles documentaires se répartissent entre les deux entrées : tel le dossier de restructuration du groupe textile (1975-1978) ou les dossiers relatifs au patrimoine (expertises, estimations, plans et photographies de bâtiments, inventaires de matériel d'usines, dossiers relatifs au matériel de laboratoire, brevets, licences d'exploitation).
C'est aussi dans les deux entrées qu'il faudra chercher les documents concernant l'usine de Zyrardow et le procès qui opposa le groupe Boussac au gouvernement polonais, après la confiscation de l'établissement en 1935 ; ainsi que les éléments du dossier de la double fusion qui impliqua en 1947-1948 la SO-CO, les Cotonnières de Fives et d'Héricourt, la Cotonnière du Nord et de l'Est, la filature des Longuaux, les établissements Choquel et la société S.I.PAR.TEX.
De même, les archives familiales et personnelles se partagent entre les deux entrées. Dans l'entrées 1987003 on trouvera notamment : les principaux documents concernant le patrimoine foncier ; le dossier de l'hippodrome du Croisé-Laroche (dont M. Boussac était un gros actionnaire) ; le volumineux dossier de l'affaire Weil, qui opposa de 1922 à 1961 M. Boussac à Marcel Weil, son ancien collaborateur ; le dossier du procès de Louis Boussac pour dissimulation de bénéfices de guerre (1918-1924). Dans l'entrée 1994020 se trouvent la plupart des dossiers de succession des proches de M. Boussac, le dossier du procès de Marcel Boussac concernant les bénéfices de guerre (1921-1922) et quelques documents sur ses propriétés.
L'entrée 1994020 se signale par la richesse des documents comptables : on y trouvera les livres de comptabilité de la plupart des sociétés du groupe depuis leur annexion, et parfois depuis leur création (1892-1978).
Cette entrée contient en outre des documents tels que les registres du Conseil et des assemblées de la Cotonnière de Fives de 1912 à 1939, la correspondance de la direction avec les filiales de 1927 à 1931, et le dossier du procès qui opposa les Manufactures de Senones à la Blanchisserie et teinturerie de Thaon de 1926 à 1929.
Le fonds est très pauvre en documents concernant le personnel : pas de livres de paye (malgré l'abondance de registres), quelques contrats d'apprentissage et rapports de comité d'entreprise, et des documents anodins (fêtes de Sainte Catherine...). Le chapitre oeuvres sociales, de même, n'est illustré que par quelques prospectus concernant les campagnes d'hiver du Maréchal en 1943-1944.