Banque nationale de crédit


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Historique



I) La BNC et sa liquidation


La Banque nationale de crédit fut créée le 25 juin 1913 afin de reprendre le réseau français du Comptoir d'escompte de Mulhouse qui, fondé à la suite des événements de 1848, avait étendu ses activités sur une grande partie de la France (en Bourgogne, à Lyon, au Havre et jusqu'à Marseille) grâce au rachat d'établissements bancaires de moindre importance. En rémunération de son apport, le Comptoir, qui conservait ses sièges d'Alsace-Lorraine et sa succursale de Zurich, reçut 83 334 parts de fondateur sur les 150 000 répartis entre les souscripteurs du capital de la nouvelle banque.

Cette dernière, dont le fonds social s'élevait à 100 millions de francs, divisés en 200 000 actions de 500 francs, poursuivit la politique d'expansion de son prédécesseur : elle absorba plusieurs banques locales (telles que la Banque du Midi et la Banque Jolidon de Montbéliard en 1913, la Banque Richou et Cie d'Angers en 1914) et prit le contrôle, en 1917, de plusieurs établissements régionaux (Crédit du Rhône et du Sud-Est à Lyon, Banque de Savoie, Crédit du Centre à Blois, et Crédit du Sud-Ouest à Bordeaux)  elle s'assurait ainsi une clientèle toute faite et le concours d'un personnel bien au courant des besoins locaux. Simultanément, elle créa diverses succursales, agences et bureaux à travers la France, de sorte qu`en dépit de la guerre de 1914-1918, le nombre de ses sièges passa à 276 en 1920 (au lieu de 113 au départ).

Conçue à l'origine comme un établissement de crédit destiné à apporter son aide au petit commerce et à la petite industrie, la BNC se consacra surtout, pendant la guerre, aux placements de bons et obligations de la Défense nationale et aux souscriptions à l'emprunt national  elle apporta aussi son concours aux entreprises travaillant pour la Défense nationale. N'étant pas encore engagée dans de nombreuses affaires, elle souffrit peut-être moins que certains établissements de la guerre et des conséquences du "moratorium". Le siège social, à l'origine 20 rue Le Peletier fut transféré en novembre 1917 au 16 Boulevard des Italiens.

L'après-guerre amena une prospérité nouvelle qui permit encore l'accroissement du réseau bancaire. La BNC prit la suite de la Banque de Metz, créa des agences en Alsace et ouvrit, en 1920 de nouvelles succursales en Rhénanie, à Sarrebruck, Ludwigshafen, Mayence et Wiesbaden  ces deux dernières succursales devaient être rattachées en 1921 au Comptoir d'escompte des pays rhénans, filiale de la BNC. On enregistre alors une forte progression des dépôts en comptes courants et le développement continu des affaires permet des augmentations successives du capital, porté à 500 millions en mai 1920.

A partir de cette année, toutefois, la crise provoque une régression des affaires et le portefeuille de la Banque s'accroît de titres déposés en garantie de crédits accordés à des entreprises en difficultés. En 1922, la fusion avec la Banque française pour le commerce et l'industrie, après le rachat par cette dernière des actions BNC détenues par le Comptoir d'escompte de Mulhouse, augmente la clientèle des négociants et des industriels, en même temps qu'elle apporte un réseau de correspondants à l'étranger. Le nombre des sièges s'élève à 442 en 1923, mais la Banque procède à une réduction de son capital, ramené à 250 millions de francs, en même temps qu'à la libération de ses actions. Les difficultés monétaires n'entravent pas la reprise économique et la BNC est appelée de plus en plus à apporter son concours au commerce et à l'industrie  avec plus de 30 millions de bénéfices en 1924, elle se classe à la tête des établissements de crédit français et son chiffre d'affaires dépasse 4 milliards au cours de l'exercice 1925-1926. De nouvelles succursales sont ouvertes et l'aménagement du siège social, îlot formant un quadrilatère bordé par le Boulevard des Italiens, le Boulevard Haussmann, la rue Laffitte et la rue Lepeletier, est entrepris  les services y seront centralisés.

L'instabilité monétaire a des répercussions sur la situation de la Banque, qui voit cependant ses affaires progresser, en particulier grâce à la stabilisation du franc en 1928  le capital est porté alors à 267,5 millions de francs. Sous l'influence d'André Vincent, président directeur général du Comptoir Lyon-Alemand (1) et créateur de nombreuses entreprises, nommé président en 1927, la BNC s'engage de plus en plus dans les activités d'une banque d'affaires (2).

L'équilibre sera définitivement compromis par la crise mondiale, dont les effets commenceront à se faire sentir en France à partir de 1930. Cette même année, la BNC absorbe le Comptoir d'escompte de Mulhouse et crée de nouveaux sièges, portant ainsi le total de ces derniers à 748. Toutefois, le ralentissement des opérations commerciales, la régression des comptes de dépôt et l'augmentation des comptes débiteurs amènent la Banque à rechercher l'appui de quelques groupes industriels. La crise s'accentue en juillet 1931 et les entreprises, mises en difficulté ne peuvent tenir leurs engagements. Ayant consenti d'importants crédits au Comptoir Lyon-Alemand la BNC est tenue pour solidaire de la situation de cet établissement et les retraits de fonds se multiplient. Devant la baisse du cours de ses actions et de graves difficultés de trésorerie, elle fait appel aux pouvoirs publics en septembre 1931, après la démission d'André Vincent. Les avances successives du Trésor, s'élevant à 2 075 millions de francs ne parviennent pas à la renflouer et c'est alors que fut décidée par le ministère des Finances, en accord avec la Banque de France, la mise en liquidation amiable acceptée par l'assemblée générale des actionnaires du 26 février 1932, sous la condition suspensive de la création d'une société nouvelle, chargée de reprendre le fonds de commerce et de continuer l'exploitation  en effet la disparition d'un établissement de crédit de cette importance n'eût pas manqué d'amener des répercussions fâcheuses sur l'économie du pays.

Le capital de la nouvelle banque, dénommée Banque nationale pour le commerce et l'industrie, devait s'élever à 100 millions et être souscrit par les actionnaires de la BNC  ces derniers reçurent en rémunération des apports de l'ancienne société (clientèle, installation, droits aux baux), des parts bénéficiaires de la BNCI. Le capital de cette dernière fut souscrit dès le mois de juillet suivant, et ses activités commencèrent le 17 avril, alors que la BNC avait cessé les siennes le 1er. Jusqu'à concurrence de 100 millions, la BNC devait assumer les frais généraux de la BNCI, mais cette somme fut dans la pratique, avancée par le Trésor public.

En ce qui concerne la liquidation, elle était confiée à un collège de quatre liquidateurs sous le contrôle d'un comité de liquidation représentant les actionnaires  les contrôleurs placés auprès de la BNC par le ministère des Finances durant les derniers mois de son exploitation devaient être remplacés par un contrôleur du Trésor, dont le rôle était justifié par la position créancière vis à vis du Trésor public. En 1935, les liquidateurs furent remplacés par des fonctionnaires détachés du ministère des Finances et leur nombre réduit à trois  le poste de contrôleur du Trésor était supprimé.

Les liquidateurs poursuivirent une politique d'arrangements amiables avec les débiteurs et s'efforcèrent dans la mesure du possible, d'éviter les poursuites judiciaires  ainsi, les entreprises, grâce à un aménagement de leurs dettes et aux longs délais qui leur furent accordés, furent en mesure de continuer leurs activités et d'apporter leur contribution à la vie économique du pays dans une période particulièrement difficile  les résultats de la liquidation en furent également favorisés. Dès 1950, la dette envers le Trésor public était remboursée et la liquidation se poursuivit au profit exclusif des actionnaires  ces derniers devaient être remboursés de leur capital et recevoir des "boni" de liquidation. Le recouvrement des créances se prolongea jusqu'en 1962  les bénéfices s'expliquent principalement par la substitution de biens réels aux créances en francs, notamment par des prises de participation dans des sociétés dont les titres étaient susceptibles de s'accroître. Ainsi, le temps et la dévalorisation progressive du franc jouèrent-ils en faveur de résultats bénéficiaires  il faut y ajouter l'organisation elle-même de la liquidation, confiée à des services centraux provenant de l'ancienne banque et parfaitement au courant des affaires en cours (3).



II) Les filiales et sociétés absorbées


La liquidation des filiales et des sociétés absorbées se poursuivit parallèlement à celle de la BNC et nous avons recueilli une partie des archives de ces entreprises.

Le Comptoir d'escompte de Mulhouse, à la fois ancêtre de la BNC et société absorbée par elle, doit son origine à la crise de crédit qui, lors de la Révolution de 1848 provoqua la création de comptoirs nationaux d'escompte dans les villes industrielles et commerçantes de France  son capital était garanti pour 1 million par l'Etat et par la ville de Mulhouse, qui cessèrent leur garantie et suspendirent leur contrôle en 1854.


Passé sous le régime des lois allemandes en 1871, le CEM continua à aider au développement économique régional, et ses résultats, en progression en dépit des crises, se traduisirent par des augmentations successives de capital.

Ayant acquis des banques locales en France (Marseille, Le Havre, Rouen, Dijon, etc.), et en raison de difficultés avec l'administration allemande, il céda, à la veille de la Première Guerre mondiale, son réseau français afin de permettre la constitution de la BNC  son capital s'élevait alors à 45 millions de francs. Redevenu français en 1919, il continua d'accroître le nombre de ses sièges en Alsace et en Lorraine. Mais son champ d'action limité, la concurrence des grands établissements de crédit, ainsi que la crise économique (en particulier dans le textile), l'amenèrent à faire apport de son actif et de son passif à la BNC à dater du 1er janvier 1930. Cette dernière augmenta alors son capital de 56 250 000 francs et les 112 500 actions de 500 francs ainsi créées furent remises aux actionnaires du CEM. La liquidation fut prise en charge par la BNC, puis à partir de 1932, par les liquidateurs de cette dernière  elle se poursuivit jusqu'en 1954.


La Banque française pour le commerce et l'industrie (17 rue Scribe à Paris) fut fondée le 26 juillet 1901 sur l'initiative de Maurice Rouvier, ancien ministre des Finances. Les deux tiers de ses actions furent souscrites par la Banque française de l'Afrique du Sud et la Banque internationale de Paris, ces deux organismes étant en liquidation. Le Comptoir national d'escompte de Paris, la Société générale et la Banque de Paris et des Pays-Bas contribuèrent également à sa fondation.

Destinée, à l'origine, à apporter une aide financière au moyen commerce et à la moyenne industrie et à représenter un type de banque intermédiaire entre les établissements de crédit et les banques d'affaires, elle se borna, en fait, à des opérations classiques de dépôts et d'escompte et prit des participations sans risques et aux profits limités, à la suite des grandes banques. Après la première guerre mondiale, elle inaugura une politique plus dynamique d'aide au commerce et à l'industrie. Ayant participé aux augmentations de capital de la BNC elle fut absorbée par cette dernière et mise en liquidation amiable le 1er septembre 1922. Ses liquidateurs furent remplacés, en 1937 par des représentants de la BNC, le travail matériel de la liquidation étant assuré par le personnel de cette banque. Le 31 juillet 1953, le collège des liquidateurs de la BNC se substitua aux liquidateurs de la BFCI après avoir donné décharge à ces derniers.


La Compagnie technique et financière (15 rue Scribe à Paris), créée le 4 janvier 1922 sous la dénomination de Comptoir de change et de métaux, changea sa dénomination le 6 novembre 1923. Elle fut rachetée au mois de décembre de la même année au Comptoir Lyon-Alemand (dont elle était, en fait, la propriété) par la BNC qui conserva 965 actions sur 1000 et céda les 35 autres à certains de ses administrateurs. Le 23 mars 1932, à la suite de la défaillance de cette dernière, la Compagnie technique et financière se mit en liquidation amiable et ses liquidateurs furent les mêmes que ceux de la BNC

L'activité de la Compagnie paraît avoir consisté principalement en gestion de trois syndicats (Comptoir Lyon-Alemand, BNC n°1 et BNC n°2) puis, au cours de sa liquidation, en gestion de portefeuille.

En décembre 1951, la BNC en liquidation possédait la totalité des actions de la Compagnie technique et financière  celle-ci cessa donc d'exister en tant qu'être moral et ses actifs substituants furent transférés à la BNC, chargée en contrepartie d'assurer les dernières opérations de la liquidation.


Filiale à 100% de la BNC, la Compagnie française d'immeubles (16 Bd. des Italiens à Paris) avait été fondée en 1917 pour assurer les opérations immobilières intéressant le fonctionnement de la Banque et que celle-ci "n'avait pas convenance à réaliser elle-même". Les événements de 1932 n'ont pas entraîné la dissolution de la CFI mais les opérations et la situation financière de celle-ci ont été sensiblement altérées en raison des accords passés entre la BNC et la BNCI en vue de la location ou de la reprise par cette dernière des immeubles nécessaires à son exploitation. En 1939, un pacte concordataire est intervenu, avec intervention de la BNCI, en vue d'aménager les conditions du règlement de la dette de la CFI envers la liquidation de la .BNC.

La CFI a été absorbée le 28 février 1942 par la Compagnie immobilière française (filiale de la BNCI ayant succédé à la Compagnie immobilière régionale).


La Banque française des pays d'Orient (siège social 17 rue Scribe à Paris) créée en 1921 par la BFCI, le Crédit mobilier français, la Société générale de Belgique et divers autres participants, au capital d'origine de 25 millions de francs, avait pour but de faciliter l'expansion économique française dans tous les pays d'Orient  en fait, elle borna son activité à la Turquie où elle eut plusieurs agences. Des événements économiques défavorables et la mauvaise gestion d'un administrateur amenèrent l'arrêt des opérations en 1930 et la dissolution de la société le 28 décembre 1933.

Ayant absorbé la BFCI en 1922, la BNC était devenue propriétaire de près de la moitié du capital de la BFPO ; elle était créancière, lors de la dissolution, de plus de 2 millions de francs consistant pour la plus grande partie en traites sur la SA des tabacs d'Orient et d'Outre-mer.


Né de la Coblenzer Bank le 14 décembre 1920, transformé par augmentation de capital et participation de la BNC (4), le Comptoir d'escompte des pays rhénans eut des sièges à Cologne, Düsseldorf, Mayence et Wiesbaden (ces deux derniers par rachat de siège de la BNC). Il dut cesser ses activités en 1925 en raison de la crise économique allemande.


La Banque française d'acceptation (16 rue Lepeletier à Paris) fut fondée en 1929 par un groupe de banques belges et françaises (dont la Banque de Paris et des Pays-Bas, la Banque de l'Union parisienne, la BNC, etc.) et eut pour objet de faciliter les crédits d'importation pour le commerce et l'industrie.


La Société immobilière Rheinland, société allemande créée en 1920 par la BNC en vue d'acquérir et de gérer les immeubles nécessaires à l'activité du Comptoir d'escompte des pays rhénans, eut son siège à Cologne, puis à Mayence : elle n'a possédé qu'un immeuble, celui de Cologne, dont la vente fut réalisée en 1955 par la cession des parts de la société à la BNC en liquidation. Ses archives furent détruites lors du bombardement de Mayence pendant la Seconde Guerre mondiale.



Modalités d'entrée



Les archives de la Banque nationale de crédit sont entrées aux Archives nationales en 1968 grâce à l'initiative de M. Paul Macé, conseiller technique auprès de la Banque nationale de Paris chargé d'assurer la conservation des archives de la BNC et de suivre les affaires provenant de la liquidation de cet établissement.

L'inventaire a été réalisé par Isabelle Guerin-Brot, avec le concours de Martine Garrigues, Françoise Bosman et Gérard Dupuy.

Dates extrêmes des documents : 1848-1962
Communicable sur autorisation




Présentation du fonds : les archives de la BNC et de ses filiales



Une partie des archives de la BNC et de sa liquidation a été remise aux Archives nationales le 20 novembre 1968 par la Banque nationale de Paris, résultant de la fusion, réalisée en 1966, de la BNCI. et du Comptoir national d'escompte de Paris  ce dépôt a pu être consenti grâce à l'intervention de M. Paul Macé, l'un des liquidateurs, conseiller technique auprès de la BNP, qui a estimé devoir sauver de la destruction des documents retraçant l'essentiel de l'activité de cet important établissement de crédit et de sa liquidation.

Dans une notice historique, contenant aussi un état sommaire des documents triés, et sélectionnés par lui pour être préservés, M. Macé a retracé l'histoire des archives de la BNC  d'abord rassemblées dans le local que possédait la liquidation à Boulogne-sur-Seine, les archives furent transférées en 1962, après des destructions importantes, dans un entrepôt de la BNCI au 132 quai de Jemmapes  elles étaient alors réduites à 1 km 200 et la BNCI devait en assurer la conservation pendant 10 ans, conformément aux accords conclus avec la BNC lors de sa cessation d'activité et à la décision de l'assemblée générale finale des actionnaires du 23 novembre1962 (5).

Le dépôt réalisé sur l'initiative de M. Macé constituait une source importante pour l'histoire économique et financière de l'entre-deux-guerres  toutefois, il a paru utile de le compléter et d'aller examiner les documents qui subsistaient quai de Jemmapes et qui devaient être pilonnés en 1973. Grâce à l'obligeance des services de la BNP ( et en particulier de M. Walhain, puis de M. Chanet, directeurs du contentieux), le local, envahi par les pigeons, a été désinfecté et nous avons été autorisés à effectuer un tri sur place des documents offrant une présomption d'intérêt historique, susceptibles de compléter les sous-séries déjà versées.

C'est ainsi qu'aux procès-verbaux des conseils d'administration et d'assemblées générales, nous avons ajouté la sous-série des circulaires de la BNC en activité, les plus importants des dossiers d'escompte (clientèle de Paris et de la banlieue de 1920 à 1932) et les dossiers d'ouverture de comptes des sociétés, prélevés sur la sous-série dite "contentieux ancien" (ces derniers permettant d'évaluer l'étendue de la clientèle industrielle et commerciale de la Banque et sa constitution). Les séries de comptabilité ont été, dans la mesure du possible, complétées, mais on a dû laisser sur place certains registres très abîmés.

La liquidation ayant repris les dossiers d'affaires en cours, ces derniers contiennent des documents bien antérieurs à 1932, remontant, dans l'ensemble à 1920. Parmi ceux-ci, nous avons retenu les dossiers du service financier, contenant des renseignements sur la gestion du portefeuille-titres de la Banque et parfois même sur les sociétés dans lesquelles elle détenait une participation (6).

Les dossiers de recouvrement de créances déposés par M. Macé et intitulés "Débiteurs principaux" ou "Débiteurs divers" concernaient, semble-t-il, les affaires importantes auxquelles les liquidateurs s'étaient particulièrement intéressés (Gaumont, Firminy, Lorraine-Dietrich etc.), souvent à titre d'administrateurs, la liquidation ayant reçu une forte participation au capital de ces sociétés en dédommagement des créances de la BNC. D'autres dossiers de débiteurs ont été versés sous la rubrique "Affaires diamantaires" et révèlent un aspect particulier de l'activité de la BNC : en raison de ses liens étroits avec le Comptoir Lyon-Alemand, cette dernière possédait en effet toute une clientèle de diamantaires parisiens qui, mis en difficultés dès 1929 par une crise interne, ne purent tenir leurs engagements et furent contraints de céder des joyaux en gage ou de faire abandon de leurs stocks  un service spécial de la liquidation fut créé pour regrouper et suivre ces dossiers, répartis entre diverses agences, et pour écouler les marchandises au mieux des conditions du marché (7).

Il a paru utile de prélever en outre, en ce qui concerne les sociétés industrielles ou commerciales, les dossiers les plus importants des services intitulés "Secrétariat Paris" et "Secrétariat province", les derniers s'étant occupés respectivement de recouvrer les créances des clients de la capitale et de la province  de même, pour le service des "Règlements commerciaux", chargé plus spécialement du recouvrement litigieux de créances sur des clients en faillite ou en liquidation judiciaire, pour lesquels un règlement amiable était intervenu.

Nous avons récupéré également des dossiers du Contentieux BNC (civil et judiciaire) et de la BFCI, concernant des sociétés et des particuliers et nous les avons joints aux dossiers contentieux de la liquidation relatifs au personnel, aux immeubles et aux impôts déjà déposés, de même ont été recueillis des documents de la "Représentation fiscale des sociétés étrangères" dont la BNC était chargée auprès de l'administration des impôts (et qui renseignent sur les investissements étrangers en France), et ceux du service "Relations étrangères", ayant trait à des recouvrements de créances et à des rapatriements de devises.

Une importante sous-série de comptabilité, comprenant des bilans et des relevés d'engagements de la liquidation a été complétée à l'aide du Journal synthétique, du Grand livre et de balances mensuelles de cette même liquidation.

Des documents du service du service du personnel (à l'exclusion des dossiers individuels du personnel repris en 1932 par la BNCI) et du service des immeubles, ainsi qu'un petit dossier concernant les impôts avaient été inclus dans le dépôt effectué par la BNP en 1968 : ils ont été classés et inventoriés et quelques additions leur ont été faites en ce qui concerne les impôts.

Enfin, quelques articles de comptabilité concernant les filiales, dont les archives ont trouvé place en dernière partie de l'inventaire, ont pu être également récupérés dans l'entrepôt du quai de Jemmapes.

Le prélèvement des articles les plus importants, que l'on a cru devoir conserver n'a constitué qu'une première étape du travail  il a fallu ensuite, épurer chaque dossier des nombreux doubles, pièces de transmission et documents sans intérêt (tels qu'avis de débit et de crédit, relevés partiels de comptabilité et pelures illisibles) qui les encombraient pour conserver seulement les documents essentiels relatifs aux affaires (avances consenties, renouvellements de découverts, situation des firmes, rapports annuels, imprimés et amortissement des créances). Ce tri n'aurait pu être effectué sans le concours assidu de trois vacataires rétribués par la Direction générale de la Recherche scientifique et technique, Mlle Perucca et M.M. Etienne et Trombetta  qu'ils en soient ici remerciés.

Pour le classement des différentes sous-séries de dossiers relatifs aux sociétés, on a suivi, de même que pour l'index, des règles adaptées du système de l'AFNOR : le mot retenu comme directeur du classement a été le nom propre ou le nom géographique contenu dans la dénomination de l'entreprise  en l'absence de l'un ou de l'autre, la priorité a été donnée à l'adjectif géographique ou au premier nom commun de la raison sociale ( à l'exclusion de compagnie ou de société sauf s'il n'existe pas d'autre substantif).

Le fonds ainsi inventorié présente un intérêt pour l'histoire de la BNC et de ses filiales, ainsi que de leur liquidation (8) ; il reflète, en outre, l'histoire économique de la période de l'entre-deux-guerres et constitue une mine de renseignements financiers sur un grand nombre d'entreprises très diverses, sur lesquelles nous manquons, par ailleurs, totalement d'informations.

Des compléments importants sur la liquidation de la BNC et la constitution de la BNCI, ainsi que sur quelques uns des principaux débiteurs (Comptoir Lyon-Alemand, Marcel Boussac, SA des aciéries et forges de Firminy, Etablissements Carel, Fouché et Cie, Lorraine-Dietrich, Gaumont-Franco-Film-Aubert, etc.) pourront être trouvés dans les archives du ministère des Finances cotées F 30 2808 à 2822 aux Archives nationales (CHAN). Par ailleurs, l'article F 30 1039 contient un dossier relatif à une proposition, faite en 1926 par la BNC pour amortir en 10 ans l'emprunt de 1918 du gouvernement français à la Banque de la nation à Buenos Aires, au moyen de commandes du gouvernement argentin à exécuter par l'industrie française (armements, métallurgie), et à faire régler par l'émission d'un emprunt du gouvernement argentin sur le marché français  le projet fut refusé sur l'avis de la Direction du mouvement général des fonds. Enfin un petit dossier côté F 30 2398 concerne le remboursement des créances de la BNC en Allemagne en 1933.

L'existence de dossiers à la Banque de France et au Crédit lyonnais, concernant la BNC nous a été d'autre part signalée par M. Bonin qui les a utilisés pour sa thèse du 3e cycle sur la BNC  ces documents concernent la crise de 1930-1932 et les origines de la BNC.



(1)
Cette entreprise de commerce et d'affinage des métaux précieux avait aussi pour objet les opérations de banque.

(2)
P. Fleuriot, L'histoire de la Banque nationale pour le commerce et l'industrie (BNCI), Paris, 78 p., multigraphié, p.1-2.

(3)
L'historique de la liquidation et de ses "incidents de parcours" ont été retracés dans la "Note sur les archives de la liquidation de la Banque nationale de Crédit", due à M. Paul Macé, liquidateur, auquel nous devons le dépôt du fonds aux Archives nationales (voir 120 AQ 55 d.2) ( voir aussi P. Fleuriot, op. cit., p.2-3).

(4)
D'après le procès-verbal du conseil de la BNC du 9 novembre 1920, on "entrevoit" alors cette transformation.

(5)
Voir 120 AQ 555 d. 2.

(6)
Les dossiers du contentieux-titres ont été gardés par la BNCI qui selon l'accord de novembre 1962 devait se charger du service financier des actions BNC (120 AQ 555 d. 2).

(7)
Sur la création d'organismes chargés de remédier à la crise diamantaire et de faciliter la liquidation des engagements pris par les négociants, voir 120 AQ 660.

(8) Une thèse de doctorat du 3e cycle pour Paris X vient d'être achevée par M. H. Bonin sur La Banque nationale de crédit. Evolution et rôle économique de 1913 à 1932. M. Bonin a utilisé les archives de la BNC en cours de classement.