Banque Fould et banque Heine


115 AQ




Historique


En 1795 Beer Léon Fould, originaire de Boulay, en Lorraine (1), fonda une maison de banque à Paris rue Georges.

Par deux fois en 1799 et en 1810 il subit les contrecoups de la crise économique et politique et dut cesser ses paiements (2). Définitivement réhabilité en 1825 (3), il reprit ses affaires et fut bientôt considéré comme l'un des membres de la Haute banque. Ses deux fils, Bénédict et Achille, qui lui succédèrent, furent respectivement député et ministre des finances sous Napoléon III.

Cette banque d'affaires connue sous les raisons sociales successives de B.L. Fould et Fould Oppenheim, puis Fould-Oppenheim et Cie, enfin Fould et Cie fut mise en liquidation en 1875-1876.

Parmi les liquidateurs figuraient Armand et Michel Heine. Ces deux frères étaient originaires d'une famille de banquiers allemands ; leur père, Isaac, était venu s'installer à Bordeaux, alors qu'un de leurs oncles, Salomon, exerçait le métier de banquier à Hambourg. Eux-mêmes avaient fondé leur propre comptoir bancaire à la Nouvelle-Orléans (4) avant d'entrer dans la maison Fould comme associés (5).

Après la liquidation de la banque Fould, ils fondèrent leur propre établissement en reprenant les locaux laissés par Fould sous la raison sociale de MM. A. et M. Heine pour prendre la dénomination définitive de Heine et Cie en décembre 1883. Cette société en nom collectif et commandite simple passa en 1904 aux mains du fils de Michel Heine, Georges, qui s'associa avec Alfred Bechmann.



Modalités d'entrée


Ce sont les fils de ces deux gérants de la Banque qui décidèrent en 1966, au moment de la fusion de leur maison avec le Crédit privé (6), de déposer une partie de leurs archives aux Archives nationales.

L'inventaire a été réalisé par M. Garrigues

Dates extrêmes des documents : 1807-1920
Communicable sur autorisation



Présentation du fonds


Ces papiers, qui représentent 41 articles, sont pour l'essentiel formés de dossiers des diverses affaires auxquelles la banque a participé ou s'est intéressée. En les examinant rapidement nous nous sommes aperçus que ces archives concernaient non seulement la Banque Heine, mais aussi la Banque Fould, bien que celles qui regardent la première maison soient plus nombreuses et que celles qui touchent la Banque Fould soient assez tardives, à quelques exceptions près (7). Fallait-il alors séparer les documents de ces deux établissements ?

En regardant plus attentivement les dossiers, nous avons pensé qu'on ne devait pas faire de coupure. Nous avons, en effet, constaté que bon nombre de dossiers aux alentours de 1874-1876 avaient été engagés par Fould pour être poursuivis par Heine, sans qu'il y ait la moindre solution de continuité. De plus en ordonnant ces dossiers par types d'affaires, nous avons remarqué que ces deux établissements avaient manifesté les mêmes centres d'intérêt ou pour être plus exact que la banque Heine avait continué la politique de la maison Fould.

Une deuxième observation sur ce fonds nous a permis de concevoir le plan de classement de ces archives. En effet, nous avons remarqué que les dossiers contenaient toujours des documents de même nature : des renseignements et notes sur les affaires et de la correspondance avec les participants ou les clients de la banque. Aussi avons-nous donné dans un cadre méthodique par nature des opérations bancaires concernées une simple nomenclature par ordre alphabétique des diverses affaires. C'est ainsi que s'agissant des opérations financières, et plus particulièrement de la participation à des emprunts, le lecteur trouvera au mot Espagne tous les emprunts successifs que le gouvernement de ce pays a contractés et auxquels les banques Fould et Heine se sont intéressées.


En tête ont été placés les dossiers qui concernent les opérations purement bancaires : crédit d'escompte, prêts à court terme consentis à des particuliers, des états ou des sociétés, crédits de campagne ou avances diverses. Il s'agit, en général, de prêts à moins d'un an, souvent de trois mois reconductibles une fois et garantis la plupart du temps par des valeurs mobilières ou le dépôt de traites payables à l'expiration du prêt.

Viennent ensuite les opérations commerciales : issue de milieux de négociants, la Haute Banque du 19e siècle n'a pas cessé, en effet de participer au commerce. Il s'agit pour l'établissement bancaire d'acheter puis de revendre des produits susceptibles d'apporter d'assez gros bénéfices : des blés ou du sucre, des tabacs ou de l'argent fin. Le plus souvent la banque monte l'opération en compte commun avec une ou plusieurs autres personnes. IL se forme alors une sorte d'association dont elle peut être un membre quelconque qui partage les risques de l'affaire avec ses associés, ou bien le banquier, en prêtant l'argent nécessaire à l'achat contre une commission et un pourcentage sur l'argent ainsi avancé. Parfois aussi elle s'engage seule dans l'affaire qu'elle fait alors exécuter par un commissionnaire.

Mais l'essentiel du fonds est représenté par les dossiers qui touchent aux opérations financières auxquelles se livrèrent les deux banques sur les titres mobiliers, c'est-à-dire les titres d'emprunts et les actions. Leur participation à ces opérations a pris deux formes : le plus souvent elles ont adhéré à des syndicats formés par divers banquiers pour garantir l'émission ou le placement de ces titres, mais on les voit parfois aussi acheter pour les négocier des titres en compte avec d'autres établissements bancaires (8). Dans les syndicats mêmes leur place a pu varier : quelquefois elles en ont été gérantes (9), mais le plus couramment elles ont été participants ou sous-participants. A leur tour elles ont rétrocédé à leurs clients qui le désiraient des fractions de leurs parts, jouant ainsi un rôle d'intermédiaire dans la circulation et la transmission des titres mobiliers. Cependant par le truchement des parts de fondateurs qui étaient distribuées à ceux qui participaient à la formation du capital d'une société, et par le retour en portefeuille des titres qui restaient invendus au syndicat, elles prirent pied dans la vie économique et industrielle (10).

Leur insertion dans l'économie apparaît encore plus nettement par les prises de participations directes qu'elles acquirent dans les sociétés par actions, les sociétés en commandite ou les syndicats d'études. Cependant il est bien difficile de dire si ces participations étaient pour elles de simples valeurs de portefeuille ou si, par ce biais, elles désiraient participer à la gestion de ces entreprises. Nous ne possédons que deux ensembles assez complets concernant des sociétés dans lesquelles la banque Fould était majoritaire. La présence de ces papiers s'explique certainement par le fait que ces deux affaires ont eu des procès à soutenir (11). IL s'agit de la Compagnie du chemin de fer de Paris, Meudon, Sèvres et Versailles, fondée par B.L. Fould et Fould Oppenheim et Auguste Léon, et des fonderies du Vaucluse que Fould reçut en antichrèse en 1807 à la suite de graves difficultés financières de cette affaire ; il fonda alors la Société des fonderies du Vaucluse dont il reçut la moitié du capital. Nous les voyons rarement siéger dans les conseils d'administration des sociétés dans lesquelles elles détiennent des participations (12) et nous avons même l'exemple de l'explication du refus de prendre un poste d'administrateur (13). Ainsi il semble bien que ces deux banques aient désiré participer à la création des sociétés - pour la plus grande part bancaires, ferroviaires ou minières -, mais n'ont pas voulu abandonner ni même nuire à leur rôle primitif de banquiers.

Nous avons regroupé en fin de fonds un ensemble de documentation sur des affaires très diverses et les quelques documents trop rares concernant la gestion même de ces deux banques et les papiers personnels de quelques uns de leurs membres.


Il n'est pas utile d'insister sur le caractère fragmentaire de ce fonds : le petit volume occupé par les documents concernant la vie et la gestion des banques Fould et Heine en est une preuve (14) ; mais il faut aussi mettre en garde le lecteur sur les lacunes que les dossiers d'affaires eux-mêmes comportent. Pour cela il n'est besoin que d'un exemple : si l'on se reporte au chapitre des emprunts communaux auxquels les deux banques ont apporté leur concours, on voit que la Ville de Paris n'y figure pas. La première idée qui vient à l'esprit est alors de conclure que ces deux établissements ont préféré participer au placement des titres d'emprunt de villes étrangères ou ont été écartés des opérations qui touchaient la capitale. Or il suffit de se reporter au livre de Madame Massa-Gille (15) pour voir qu'il n'en est rien et que bien au contraire, elles prirent une part fort importante à l'émission et aux placements des emprunts de la Ville de Paris avec la banque Rothschild.


Ainsi ce fonds qui apporte de très nombreux compléments sur l'histoire et la politique de la Haute banque au 19e siècle, doit-il être complété par d'autres fonds bancaires de cette époque (16).



(1)
Voir Gille (Bertrand), La banque et le crédit en France de 1815 à 1848, Paris, PUF, p. 60.

(2)
Voir Lévy Leboyer (Maurice), Les banques européennes et l'industrialisation internationale dans la 1ère moitié du XIXe siècle, PUF, 1964, p. 431.

(3)
Voir 115 AQ 40.

(4)
Voir 115 AQ 9 dossier 2 (1861-1862).

(5)
Voir 115 AQ 1, prêt à Guillaume III des Pays-Bas.

(6)
Anciennement Crédit algérien.

(7)
Voir 115 AQ 34 et 35.

(8)
Voir, par exemple, 115 AQ 18, dossier 1 : en 1884 la banque Heine acheta avec E. Hoskiers et Cie et C.J. Hambro et fils des obligations de la Compagnie de Bône-Guelma pour les revendre.

(9)
Voir 115 AQ 25.

(10)
Voir par exemple 115 AQ 27, dossier 2 : il resta 206 titres invendus sur une participation de 250. C'est, bien entendu, un cas extrême.

(11)
Voir 115 AQ 34 et 35.

(12)
De 1873 à 1885 A. Heine fut président du conseil d'administration des Mines de Padern et Montgaillard (115 AQ 32 , dossier 1) ; et des Pétroles de Crimée de 1883 à 1887 (115 AQ 32, dossier 2) ; en 1905 Georges Heine de la Société financière franco-américaine (115 AQ 31, dossier 1).

(13)
Dans une lettre de 1881 adressée à l'Omnium marseillais on peut lire : "nos occupations par ailleurs sont tellement multiples que nous avons dû à plusieurs reprises nous priver du plaisir de nous joindre à d'autres amis." (115 AQ 31, dossier 1).

(14)
Deux articles : 115 AQ 40 et 41.

(15)
Massa-Gille (Geneviève), Histoire des emprunts de la Ville de Paris (1814-1875), Paris, 1973, 439 p.

(16)
Pour l'ensemble de ces fonds se reporter aux sources des ouvrages déjà cités de B. Gille, Levy-Leboyer et G. Massa-Gille.